Démocratie : Quel phénomène procure donc tant de crédibilité aux partisans de l’autoritarisme ? C’est notre arrogance

Démocratie : Quel phénomène procure donc tant de crédibilité aux partisans de l’autoritarisme ? Il s’agit de notre arrogance

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans le 
Zeit online du 4 août 2016
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

Pendant des années, les élites libérales ont secrètement méprisé les gens d’en bas ainsi que leurs soucis. Mais à l’heure actuelle, il suffit que ces personnes qui se sentent larguées votent pour les racistes pour que la frayeur soit grande.

Un essai d’Elisabeth Raether, coopération Bernd Ulrich

Après des mois de campagne électorale pour les Primaires, notre indignation à l’encontre de Donald Trump a quelque chose de superflu : Il prononce des paroles insolentes, nous touchons alors avec frayeur notre collier de perles à l’instar de ces dames nobles lorsque quelqu’un confond à table le couteau à beurre avec celui à viande. Mais le moment de surprise est désormais passé. Il y a surtout le fait que Donald Trump n’a rien d’une génération spontanée. Il y a eu des signaux d’alarme. Nous avons longtemps pensé qu’une ironie subtile ainsi qu’une bonne dose de mépris suffiraient pour remettre quelqu’un comme lui à sa place. Mais rien n’y a fait, ni un spectacle satirique, ni un éditorial désapprobateur, ni le tollé concernant sa coupe de cheveux. En vérité, nous croyions pendant un certain temps que cette coiffure à elle seule suffirait à éviter le pire. Mais Donald Trump, tout comme les autres partisans de l’autoritarisme, devenaient de plus en plus prospères et prenaient de l’assurance.

Il se peut que la faute réside chez nous. Ces indices, nous ne les avons non seulement ignorés, nous les avons même snobés. Car ils nous confrontent nous aussi, les Européens, avec une vérité désagréable concernant nous-mêmes : Nous sommes une société de classes dans laquelle les uns dirigent et les autres obéissent. Lorsque nous rions de Donald Trump et de sa Melania, ce n’est pas à eux que nous arrachons le masque, mais à nous-mêmes.

Qui sommes nous ? Nous sommes ceux qui dirigent. Nous incarnons la nouvelle élite néolibérale. Nous sommes ces gens qui écoutons Michelle Obama les larmes d’émotion aux yeux lorsqu’elle tient un discours au moment du Congrès des Démocrates. Nous sommes ces gens qui ne sommes pas intimidés par ses vêtements modernes et en même temps élégants, conçus probablement par un jeune designer new-yorkais dont la plupart des Américains ne saurait pas correctement prononcer le nom. D’ailleurs, nous représentons des gens en général pas si facilement intimidables, ni par l’incroyable noblesse avec laquelle la première dame s’exprime, ni par le mélange de pouvoir et de perfection morale qu’elle incarne lorsqu’elle nous dit : « Tous les jours, je me réveille dans une maison qui a été construite par des esclaves. » Michelle Obama est belle, riche, intelligente, élégante et très, très puissante, mais elle est aussi noire, c’est pourquoi elle peut jouir de tous ces privilèges sans pour autant être obligée de ressentit ne serait-ce que ce soupçon de honte qui constituait pendant si longtemps le prix à payer pour une vie à la marge supérieure de la société.

Nous procédons tous selon les mêmes méthodes que toutes les élites partout dans le monde : C’est nous qui définissons le bon goût, ce qu’il convient de faire ou de s’abstenir de faire, nous méprisons ceux qui n’obtempèrent point. Nous veillons à ce que nos cercles restent fermés. Cependant, tout comme chaque régime révolutionnaire, nous sommes au-dessus de tout soupçon, puisque c’est nous-mêmes, ou tout au moins la génération avant nous, qui avons dû lutter pour cette place dans la société. Nous avons pour ainsi dire inventé la tolérance, c’est pourquoi c’est aussi nous qui la définissons. Le résultat en est le règne intangible du juste, c’est-à-dire notre règne. Il est vrai que nous avons apporté beaucoup de bonnes choses au  monde, la justice et la liberté pour les femmes, les migrants, les handicapés, les homosexuels, tout cela constitue notre tradition. Mais nous n’avons cependant pas aboli les classes. Nous n’avons fait que nous propulser en haut de la société de classes, puis, à présent, nous avons donc l’impression que toutes les barrières se sont ouvertes. Vu d’en bas, la chose doit avoir un autre aspect.

Pourquoi les seins des unes sont progressistes, tandis que celles des autres sont réactionnaires ?

Michelle Obama indiqua lors de son discours que la fille d’Hillary Clinton, Chelsea, avait été élevée « à la perfection » par sa mère. Toutes les mères américaines ne pourraient en dire autant de leurs propres enfants, certainement pas les mères d’enfants obèses, de ceux en échec scolaire, de prisonniers, de mères adolescentes, de drogués. Mais il ne sera même pas possible à ces mères de reprocher son arrogance à l’épouse du président, ou alors seulement si ses ancêtres ont été au moins également esclaves.

Lors de ce Congrès des Démocrates, une jeune femme trans, Sarah Mc Bride, tenait un discours, après celui de Michelle Obama. Grâce à des interventions médicales soignées, son visage est aussi magnifique qu’une jeune femme de vingt-cinq ans peut le souhaiter. Sarah Mc Bride était stagiaire à la Maison Blanche, elle travaille actuellement dans une ONG. Le récit qu’elle relatait n’avait pas seulement pour sujet l’égalité de tous les hommes, il concernait également son époux, un homme trans, décédé à vingt-huit ans d’un cancer, qui s’est néanmoins consacré à la cause LGBT aux États-Unis jusqu’à sa mort.

Il n’y a pas beaucoup de personnes de vingt-cinq ans qui ont le droit de tenir un discours lors d’un tel congrès et il y en a encore moins qui peuvent avoir l’air aussi magnanimes et désintéressées. Mais quid des autres ? De tous ceux qui ne sont ni noirs, ni surdoués, ni superclasse, ni transgenre, ni jeune veuve rayonnante, ni voire même femme ? En quoi peut consister leur récit héroïque ?

Peu avant, Melania Trump avait fait son apparition lors du Congrès des Républicains. Son visage à elle a aussi été opéré, mais pour d’autres raisons. Ses yeux sont étroits, ses lèvres pulpeuses, elle s’est fait faire un brushing. Elle est en train de lire son discours sur un prompteur ce qui lui demande visiblement une concentration considérable. Elle a un lourd accent slave, sa voix est monotone. Son expression n’est pas assortie à ses paroles, elle parle d’amour, de famille, de gentillesse, mais son regard est cependant celui d’une bête fauve, cool et sexy, comme si elle était en train de séduire quelqu’un, comme si son visage ne possédait que justement cette seule expression.

Beaucoup de déconvenues qui peuvent se produire lors d’un tel discours lui sont arrivées. C’était l’évidence même dès le moment où, peu après, il s’est avéré que des passages entiers provenaient d’un ancien discours de Michelle Obama, prononcé en 2008. Quelques jours plus tard, un magazine new yorkais découvre que le diplôme de design, que prétend avoir obtenu Melania Trump dans la Slovénie postcommuniste des années quatre-vingt, n’existe tout simplement pas. À partir de ce moment-là, la causticité ne connait plus de limites. S’il faut vraiment qu’elle s’invente un diplôme universitaire, pourquoi ne pas choisir au moins un qui existe réellement ? Melania, une femme aussi fausse que ses seins.

Les blessés

Mais quid des seins artificiels de la jeune femme trans ? Pourquoi certains seins sont-ils progressistes tandis que d’autres sont au contraire réactionnaires ? Si quelqu’un n’accepte pas son sexe biologique, il a le droit de se faire opérer jusqu’à ne plus être reconnaissable, mais quelqu’un qui veut avoir l’air plus jeune ou plus beau, pourquoi n’en possèderait-il pas ce droit ? Comment faire pour expliquer cette réalité à quelqu’un en-dehors de la bulle libérale ?

Il est également possible d’interpréter la prestation de Melania Trump autrement. Une équipe de campagne électorale n’aurait pas pu réaliser une meilleure mise en scène : La raillerie dont est victime la femme de Donald Trump est exactement celle qui fait naître une rage indomptable chez ses électeurs. Ils peuvent à présent se sentir amèrement confortés dans leur opinion. Les hommes et les femmes noires sont les victimes de violences policières aux États-Unis, ils sont sujets à la pauvreté, ils sont constamment obligés de se défendre contre tout un tas de préjugés. Mais il y a encore un autre groupe d’exclus. Même à l’époque du langage inclusif, il est possible de débiter des paroles de mépris à l’encontre de ceux qui ne comprennent pas aussi rapidement le progrès : au sujet des incertains, des peu doués, des angoissés, des hommes blancs. Leurs désirs, leurs besoins, leurs angoisses, leurs biographies ne sont que des foutaises. On peut les qualifier de déchets blancs ou bien encore d’ouvriers, de demandeurs d’emploi, de peu qualifiés. En tout état de cause, ils sont mal vus, n’étant ni cosmopolites, ni capables d’autodérision. Ce sont eux, les blessés.

Au premier coup d’œil il peut sembler qu’ils se trompent, ces largués, qui s’identifient au couple Trump, puisque ces derniers sont tout de même légendairement riches. Melania Trump poste des selfies de sa salle de séjour tout dorée, elle emploie une assistante qui fait les courses à sa place au supermarché. La contradiction qui réside dans cette réalité que ce soit justement les milliardaires qui touchent les exclus se résout cependant rapidement : Ils ne sont pas seulement exclus économiquement, mais surtout culturellement.

La présidente du Front National, Marine Le Pen, a passé une jeunesse privilégiée dans une banlieue riche de Paris, elle est cependant aimée des marginalisés. Tandis que les mieux situés voient en elle une femme grossière aux opinions préfascistes, les âmes blessées se réchauffent en son sein. Car ils ont vécu la même chose : le mépris de l’élite libérale. Marine Le Pen a travaillé durement pendant des années pour être enfin admise dans les studios de télévision français, là où son père avait été déclaré indésirable. Maintenant, elle lutte avec une telle passion pour le poste de président que l’on serait tenté de croire qu’il ne s’agit pas de politique, mais de sa revanche.

Voilà le récit héroïque des méprisés : Vous, les hauts salaires, soi-disant si éminemment tolérants, vous nous avez ignorés des années durant. Nous n’avions le droit à l’antenne que dans les reality shows, pour vous amuser, pour que vous puissiez jouir de notre spectacle avec votre ironie éternelle. Mais à l’heure qu’il est, nous voilà parvenus dans la sphère du sérieux. Maintenant, nous voulons le pouvoir et nous l’aurons. C’est que vous vous êtes toujours plaints que nous n’allions pas voter, eh ben, c’est exactement ce que nous irons faire désormais.

« When they go low, we go high », disait Michelle Obama à l’intention des partisans de Donald Trump dans son discours lors du Congrès, ce qui signifie en français quelque chose comme : votre mauvais comportement ne nous déroute pas. Cependant, la phrase peut également être retournée : Puisque vous êtes si arrogants, nous pouvons encore abaisser le niveau.

Être blessé et avoir peur, tout cela ne fait cependant pas une attitude politique. Il serait pour ainsi dire irraisonnable de se laisser guider par de tels sentiments, lit-on actuellement eu égard des électeurs du Brexit qui ont voté contre leurs propres intérêts, mais également au vu des supporteurs de Donald Trump qu’aucune déclaration de leur candidat n’arrive à dissuader, qu’il se croie tantôt obligé de trahir l’OTAN ou bien qu’il pense tantôt que Paris soit une ville allemande. L’AfD (l’Alternative pour l’Allemagne) à son tour profite également le plus lorsqu’elle débite un maximum d’insanités pures. Sarah Palin est entré dans l’histoire il y a huit ans en tant que curiosité. L’ancien gouverneur de l’Alaska répondait alors à la question concernant sa qualification en tant que vice-présidente pour la politique internationale : « On peut voir la Russie d’ici. » Elle était malgré tout si populaire que son modèle de lunettes était partout et constamment en rupture de stock, il faut bien dire que peu de politiciens en arrivent à autant d’identification. Sarah Palin était le précurseur du phénomène Donald Trump : Je suis un peu idiote et c’est très bien ainsi. Elle avait énormément de succès, justement parce qu’elle incarnait aussi bien l’ignorance que la déraison.

Nous n’avons laissé passer aucune occasion de faire la démonstration de  notre supériorité

Mais que signifie raison ? Nous, la classe des cosmopolites, partons du principe que nous agissons constamment selon les principes de la circonspection en ce qui concerne nos opinions. Par exemple, tous les adversaires du génie génétique ne sont cependant pas capables d’expliquer dans le détail pourquoi ils sont contre, car il s’agit tout simplement d’un sentiment. C’est qu’il est de bon ton d’exiger que la nourriture que nous ingérons soit en quelque sorte précieuse et pure.

De même que tous les partisans de l’union européenne ne sont pas capables d’expliquer ce qu’elle a de si bon, car bien entendu il s’agit d’identité, de ce vague sentiment qui est si difficile à décrire. En tout état de cause, il est beaucoup plus facile d’aimer l’Union Européenne lorsqu’on a déjà visité chaque capitale (intéressante) d’Europe et si on connait partout un sympathique petit restaurant dans lequel il y a non seulement une carte proposant de bons vins, mais que ceux-ci sont aussi vraiment incroyablement bon marché.

Tout le monde est toujours plus tolérant face à sa propre déraison que face à celle des autres. Mais qui décide de ce qui est raisonnable ? Qui décide quelles préoccupations sont les bonnes et quelles sont celles qui sont déplacées ? D’ailleurs, sans évoquer la question suivante : Qu’y a-t-il de si déraisonnable au fait d’élire quelqu’un à qui on peut s’identifier à la Maison Blanche ou bien au Palais de l’Élysée ?

Cela fait bien longtemps que dans la vie politique française les exclus n’ont pas été aussi enragés. Le sociologue français Didier Eribon prétend que la classe ouvrière communiste d’autrefois était également homophobe et raciste, mais qu’elle voterait surtout aujourd’hui pour le Front National parce que le parti socialiste au pouvoir n’a plus rien à voir avec elle. Le parti socialiste sous François Hollande se réclame d’une nouvelle gauche, représentée par des hommes aussi prétentieux que le Premier Ministre Manuel Valls et le ministre de l’économie Emmanuel Macron qui n’ont pas la moindre idée du combat des exclus contre « ceux d’en haut ». À propos de ceux qui manifestaient récemment contre une loi de travail libéralisée, Emmanuel Valls disait l’autre jour avec une arrogance non dissimulée : « Ils représentent la vieille gauche. » Les socialistes français, le SPD allemand, les démocrates américains, tous ont jeté leur ancienne origine un peu grossière aux orties afin de se concentrer sur les questions culturelles nouvelles, considérées comme plus nobles.

La tragédie réside dans la réalité que les exclus n’ont retrouvé de voix qu’à travers les racistes et les partisans de l’autoritarisme. Car évidemment, les ouvriers et les demandeurs d’emploi ont également des enfants trans, des filles et des garçons homosexuels, pour qui ils souhaitent le meilleur, et naturellement ce sont aussi les exclus qui souffriront davantage des suites du changement climatique. Cependant, c’est nous qui avons érigé notre ouverture au monde en signe distinctif. Nous n’avons pas perdu une seule occasion de faire démonstration de notre supériorité : Nous sommes tellement plus intelligents, davantage dotés d’humour, mais aussi plus lucides. Nous trions nos déchets, notre syntaxe est parfaite. Il se peut que cela ne soit qu’une petite pointe qui trahisse notre arrogance, mais nous devrions enfin commencer par l’écouter. C’est que ce message est arrivé depuis longtemps chez les exclus. Pour les partisans de l’autoritarisme il était alors chose facile de discréditer la pensée libérale ainsi que le sens des responsabilités, puis de les traiter comme un luxe que seuls peu d’entre nous peuvent se permettre. La tolérance est l’idéologie du pouvoir disent-ils. C’est faux et manipulateur, mais c’est justement cela qui révèle notre plus grande faiblesse.

Demokratie:Was macht die Autoritären so stark? Unsere Arroganz

Jahrelang haben die liberalen Eliten die da unten und ihre Sorgen heimlich verachtet. Jetzt wählen die Abgehängten die Rassisten, und der Schreck ist groß. Ein Essay

Von Elisabeth Raether

Dieser Artikel stammt aus der ZEIT online Nr. 33 vom 4.8.2016

Nach Monaten des Vorwahlkampfes hat unsere Empörung über Donald Trump etwas Überflüssiges: Er sagt etwas Unverschämtes, und wir greifen uns erschrocken an die Perlenkette wie feine Damen, wenn bei Tisch einer das Butter- mit dem Tafelmesser verwechselt. Doch das Überraschungsmoment ist vorbei. Und vor allem: Trump kam nicht aus dem Nichts. Es hat Warnsignale gegeben. Wir dachten lange, scharfsinniger Spott und Verachtung reichten aus, um einen wie ihn in die Schranken zu weisen. Nichts hat geholfen: keine Satirenummer, kein tadelnder Leitartikel, keine Häme über Trumps Haare. Tatsächlich glaubten wir ja eine Weile, allein diese Frisur werde alles Schlimmere verhindern. Doch Trump und die anderen Autoritären wurden immer erfolgreicher und selbstbewusster.

Es könnte sein, dass das an uns liegt. Wir haben die Hinweise gar nicht übersehen, wir haben sie ignoriert. Denn sie führen uns, auch uns Europäern, eine unangenehme Wahrheit über uns selbst vor Augen: Wir sind eine Gesellschaft der Klassen, in der die einen führen und die anderen folgen. Und wenn wir über Trump und seine Melania lachen, dann entlarven wir nicht sie, sondern uns.

Wer ist wir? Wir sind die, die führen. Wir sind die neue liberale Elite. Wir sind die Leute, die Michelle Obama, wenn sie auf dem Parteitag der Demokraten eine Rede hält, mit Tränen der Rührung in den Augen zuhören. Wir sind die Leute, die nicht eingeschüchtert sind von ihrem modernen und zugleich eleganten Outfit, das wahrscheinlich ein New Yorker Jungdesigner geschneidert hat, dessen Namen die Mehrheit der Amerikaner nicht richtig aussprechen kann. Wir sind die Leute, die überhaupt nichts so schnell einschüchtert – weder die unbegreifliche Souveränität, mit der die First Lady spricht, noch die Mischung aus Macht und moralischer Vollkommenheit, die sie verkörpert, wenn sie sagt: « Jeden Tag wache ich in einem Haus auf, das von Sklaven gebaut wurde. » Michelle Obama ist schön, reich, intelligent, elegant und sehr, sehr mächtig – doch sie ist auch schwarz, weshalb sie alle Privilegien genießen kann, ohne auch nur einen Hauch der Scham empfinden zu müssen, die so lange der Preis für ein Leben am oberen Rand der Gesellschaft war.

Wir haben dieselben Methoden wie alle Eliten überall: Wir definieren, was guter Geschmack ist, was sich gehört und was nicht, und wir verachten diejenigen, die sich daran nicht halten. Wir sorgen dafür, dass unsere Zirkel geschlossen bleiben. Doch wie ein Revolutionsregime sind wir über jeden Vorwurf erhaben, denn wir, oder zumindest die Generationen vor uns, haben für diesen Platz in der Gesellschaft kämpfen müssen. Wir haben die Toleranz sozusagen erfunden, deshalb definieren wir sie jetzt auch. Herausgekommen ist die unantastbare Herrschaft des Richtigen, also unsere Herrschaft. Es stimmt ja, wir haben viel Gutes in die Welt gebracht, Gerechtigkeit und Freiheit für Frauen, Migranten, Behinderte, Homosexuelle, das alles ist unsere Tradition. Doch die Klassen haben wir nicht abgeschafft. Wir haben uns nur an die Spitze der Klassengesellschaft gesetzt, und jetzt kommt es uns so vor, als hätten alle Schranken sich geöffnet. Von unten dürfte das Ganze anders aussehen.

Warum sind die einen Brüste fortschrittlich, die anderen aber reaktionär?

« Perfekt » sei Hillary Clintons Tochter Chelsea von ihrer Mutter erzogen worden, sagte Michelle Obama in ihrer Rede. Nicht jede amerikanische Mutter wird das über ihre Kinder behaupten wollen: nicht die Mütter der Fettleibigen jedenfalls, der Schulversager, der Gefängnisinsassen, der Teenagermoms, der Drogensüchtigen. Doch es wird diesen Müttern nicht einmal möglich sein, der Präsidentengattin Arroganz vorzuwerfen, oder nur dann, wenn ihre Vorfahren auch mindestens Sklaven waren.

Nach Michelle Obama hielt auf dem Parteitag der Demokraten Sarah McBride eine Rede, eine junge Trans-Frau. Dank sorgfältiger medizinischer Eingriffe sieht ihr Gesicht so bezaubernd aus, wie es sich eine 25-Jährige nur wünschen kann. McBride war Praktikantin im Weißen Haus und arbeitet jetzt bei einer NGO. Die Geschichte, die sie erzählte, handelt nicht nur von der Gleichheit aller Menschen, sondern auch von ihrem Ehemann, einem Trans-Mann, der mit 28 Jahren an Krebs gestorben ist, sich aber bis zu seinem Tod für die LBGTQA-Menschen in den USA eingesetzt hat.

Es dürfen nicht viele 25-Jährige auf einem Parteitag sprechen, und noch weniger können dabei so hochherzig und selbstlos wirken. Aber was ist mit den anderen? Die weder schwarz noch hochbegabt sind, weder stilvoll noch transgender, keine strahlende junge Witwe und vielleicht noch nicht mal eine Frau? Was ist deren Heldengeschichte?

Kurz zuvor war beim Parteitag der Republikaner Melania Trump aufgetreten. Auch ihr Gesicht ist operiert, aber aus anderen Gründen. Die Augen sind schmal, die Lippen voll, die Haare geföhnt. Sie liest von einem Teleprompter ab, auf den sie sich offenkundig stark konzentrieren muss. Sie hat einen schweren Balkan-Akzent, ihre Stimme ist monoton. Ihre Miene passt nicht zu dem, was sie sagt: Sie spricht von Liebe, Familie und kindness, doch ihr Blick ist der einer Raubkatze, cool und sexy, als wolle sie jemanden verführen oder als habe sie eben nur diesen einen Gesichtsausdruck.

Es missglückt also vieles, was bei einer Rede missglücken kann. Das ist schon klar, als sich kurz darauf herausstellt, dass ganze Passagen aus einer alten Rede von Michelle Obama aus dem Jahr 2008 stammen. Ein paar Tage später findet ein New Yorker Magazin heraus, dass es einen Designabschluss aus dem postkommunistischen Slowenien der achtziger Jahre, wie ihn Melania Trump gemacht haben will, gar nicht gibt. Von da an kennt die Häme keine Grenzen mehr. Wenn sie sich schon einen Uni-Abschluss ausdenkt, warum nicht wenigstens einen richtigen? Melania – eine Frau, so falsch wie ihre Brüste.

Die Gekränkten

Aber was ist mit den Fake-Brüsten der jungen Trans-Frau? Warum sind die einen Brüste fortschrittlich, die anderen aber reaktionär? Wenn man sein biologisches Geschlecht nicht annehmen will, darf man sich bis zur Unkenntlichkeit operieren lassen, aber nicht, wenn man jünger oder besser aussehen will, als man ist? Wie soll man das jemandem außerhalb der liberalen Blase erklären?

Man kann Melania Trumps Auftritt auch anders sehen. Ein Wahlkampfteam hätte es gar nicht besser inszenieren können: Der Hohn, der Trumps Ehefrau entgegenschlägt, ist derselbe, der bei seinen Wählern unbändige Wut laut werden lässt. Sie können sich jetzt wieder bitter bestätigt fühlen. Schwarze Männer und Frauen werden in den USAOpfer von Polizeigewalt, sie sind von Armut betroffen, sie müssen sich gegen zahlreiche Vorurteile wehren. Doch es gibt noch eine andere Gruppe von Ausgegrenzten. Über sie, die den Fortschritt nicht so schnell begreifen, kann man auch in Zeiten der inklusiven Sprache alles Verächtliche sagen: über die Unsicheren, die Unbegabten, die Ängstlichen, über die weißen Männer. Ihre Wünsche, ihre Bedürfnisse, ihre Ängste, ihre Biografien – alles ein Witz. Man kann sie white trashnennen, oder Arbeiter, Arbeitslose, Ungelernte. In jedem Fall sind sie die Unbeliebten, weder weltgewandt noch selbstironisch. Sie sind die Gekränkten.

Es mag auf den ersten Blick falsch wirken, dass die Abgehängten sich mit dem Ehepaar Trump identifizieren, denn immerhin ist es sagenhaft reich. Melania Trump postet Selfies aus ihrem goldenen Wohnzimmer und hat eine Assistentin, die für sie zum Supermarkt geht. Der Widerspruch, dass gerade Milliardäre die Ausgeschlossenen erreichen, löst sich aber schnell auf: Die sind nicht nur ökonomisch ausgeschlossen, sondern vor allem kulturell.

Die Front-National-Chefin Marine Le Pen verbrachte eine privilegierte Jugend in einem reichen Pariser Vorort, aber von den Marginalisierten wird sie geliebt. Während die Bessergestellten in ihr eine grobschlächtige Frau mit präfaschistischen Ansichten sehen, wärmen die verletzten Seelen sich an ihr. Denn sie haben dasselbe erlebt: die Verachtung der liberalen Elite. Le Pen hat jahrelang daran gearbeitet, endlich in die französischen Fernsehstudios vorgelassen zu werden, wo ihr Vater unerwünscht war. Jetzt kämpft sie mit einer Leidenschaft um das Amt des Präsidenten, als gehe es nicht um Politik, sondern darum, eine Rechnung zu begleichen.

Das ist die Heldengeschichte der Missachteten: Ihr, die angeblich so supertoleranten Besserverdienenden, habt uns jahrelang ignoriert. Wir durften im Reality-TV auftreten, zu eurem Amüsement, das ihr mit eurer ewigen Ironie genießt. Aber jetzt haben wir ins ernste Fach gewechselt. Jetzt wollen wir die Macht, und wir bekommen sie. Ihr habt euch doch immer beschwert, dass wir nicht wählen gehen – tja, aber genau das werden wir jetzt tun.

« When they go low, we go high », sagte Michelle Obama bei ihrer Parteitagsrede in Richtung der Trump-Anhänger, zu Deutsch etwa: Euer schlechtes Benehmen bringt uns nicht aus der Fassung. Man könnte den Satz auch umdrehen: Wenn ihr so abgehoben seid, senken wir eben noch mal das Niveau.

Kränkung und Angst, das macht noch keine politische Haltung. Unvernünftig sei es geradezu, sich von diesen Gefühlen leiten zu lassen, liest man nun angesichts der Brexit-Wähler, die gegen ihre eigenen Interessen gestimmt haben, und angesichts der Trump-Fans, die nichts abschreckt, was ihr Kandidat sagt – ob er nun glaubt, die Nato verraten zu müssen oder dass Paris eine Stadt in Deutschland sei. Auch die AfDkommt mit blankem Unsinn immer noch am weitesten. Sarah Palin ging vor acht Jahren als Kuriosität in die Geschichte ein. Die damalige Gouverneurin von Alaska sagte auf die Frage nach ihrer außenpolitischen Qualifikation als Vize-Präsidentin den legendären Satz: « Man kann Russland von hier aus sehen. » Dennoch war sie so beliebt, dass ihr Brillenmodell überall ständig ausverkauft war – so viel Identifikation bekommen nur wenige Politiker hin. Palin war die Vorläuferin des Trump-Phänomens: Ich bin ein bisschen doof, und das ist auch gut so. Sie war extrem erfolgreich, gerade weil sie Ahnungslosigkeit und Unvernunft verkörperte.

Wir haben keine Gelegenheit ausgelassen, unsere Überlegenheit vorzuführen

Aber was heißt Vernunft? Wir, die Klasse der Weltbürger, gehen davon aus, dass wir in unseren Ansichten immer den Prinzipien der Besonnenheit folgen. Zum Beispiel können aber nicht alle Gentechnik-Gegner genau sagen, warum sie dagegen sind, denn es ist auch einfach ein Gefühl. Man möchte eben gern, dass das Essen, das man zu sich nimmt, irgendwie wertvoll und rein ist.

Auch können nicht alle Befürworter der EU erklären, was gut an ihr sein soll, denn selbstverständlich geht es auch um Identität, jene vage Empfindung, die sich so schwer beschreiben lässt. Es fällt jedenfalls leichter, die EU zu mögen, wenn man in jeder (interessanten) Hauptstadt Europas schon gewesen ist und überall ein nettes kleines Restaurant kennt, wo es eine Karte mit guten, aber wirklich erstaunlich günstigen Weinen gibt.

Mit der eigenen Unvernunft ist man immer nachsichtiger als mit der der anderen. Aber wer entscheidet, was vernünftig ist? Wer entscheidet, was die richtigen Sorgen sind und was die falschen? Ganz abgesehen davon: Was soll daran so unvernünftig sein, jemanden ins Weiße Haus oder in den Élysée-Palast zu wählen, mit dem man sich identifizieren kann?

Die Ausgeschlossenen kamen im politischen Leben schon lange nicht mehr vor, als sie so wütend wurden. Der französische Soziologe Didier Eribon sagt, dass die ehemals kommunistische Arbeiterklasse immer auch homophob und rassistisch war, aber heute wähle sie vor allem deshalb den Front National, weil die sozialistische Regierungspartei nichts mehr mit ihr zu haben wolle. Der PS unter François Hollande will eine neue Linke sein, repräsentiert von schnöseligen Männern wie Premier Manuel Valls und Wirtschaftsminister Emmanuel Macron, die keine Ahnung haben vom Kampf der Abgehängten gegen « die da oben ». Über diejenigen, die gegen ein liberalisiertes Arbeitsmarktgesetz demonstrieren, sagte Valls neulich mit unverhohlener Überheblichkeit: Das ist die alte Linke. Die französischen Sozialisten, die deutsche SPD, die Demokraten in den USA, sie alle haben die Schmuddelherkunft hinter sich gelassen und sich auf die vornehmeren kulturellen Fragen konzentriert.

Eine Tragödie ist es, dass die Zurückgelassenen erst durch die Rassisten und Autoritären wieder eine Stimme gefunden haben. Denn natürlich haben auch Arbeiter und Arbeitslose Transgender-Kinder, schwule Söhne und Töchter, denen sie nur das Beste wünschen, und natürlich werden gerade die Ausgegrenzten unter den Folgen des Klimawandels leiden. Doch wir haben unsere Weltoffenheit zum Distinktionsmerkmal gemacht. Wir haben keine Gelegenheit ausgelassen, unsere Überlegenheit vorzuführen: So viel intelligenter, humorvoller, klarsichtiger sind wir. Wir trennen unseren Müll, und unsere Grammatik ist perfekt. Es mag nur ein Unterton sein, der unsere Arroganz verrät, doch wir sollten anfangen, ihn zu hören. Bei den Abgehängten ist die Botschaft nämlich längst angekommen. Für die Autoritären war es dann leicht, freiheitliches Denken und Verantwortungsgefühl als Luxus zu diskreditieren, den nur wenige sich leisten können. Toleranz sei die Ideologie der Macht, sagen sie. Das ist falsch und manipulativ, aber es offenbart unsere größte Schwäche.

Mitarbeit: Bernd Ulrich

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