Les Allemands : Les Bavarois sont-ils originaires de l’Orient ?

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans 
Die Zeit online du 13 novembre 2015
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

Les Allemands : Les Bavarois sont-ils originaires de l’Orient ?

Depuis des mois, l’Allemagne tout entière débat du sort des migrants et des réfugiés. Mais d’où viennent donc les Allemands eux-mêmes ? Nous interrogeons à ce sujet l’historien du Moyen Âge, Johannes Fried.

Une interview de Christian Staas

Die Zeit, 13 novembre 2015

Johannes Fried est professeur émérite d’histoire du Moyen Âge à l’université de Francfort sur le Main.

Die Zeit : « Notre pays, nos valeurs » réclame Pegida (mouvement des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident) récemment, lors d’une de ses manifestations de haine. Monsieur Fried, vous avez remonté l’histoire des Allemands jusqu’au Haut Moyen Âge. Y avez-vous jamais rencontré des « valeurs allemandes » ?

Johannes Fried : Non, il y a les valeurs humaines ou culturelles, les valeurs de la chrétienté et naturellement les valeurs occidentales des Lumières. Les « valeurs allemandes » n’existent pas.

Die Zeit : Nos « concitoyens préoccupés » vous opposeraient une croix sur fond noir, rouge et or.

Johannes Fried : C’est absurde ! La chrétienté est à son origine aussi « allemande » que l’islam.  Les deux religions sont arrivées en Europe venant du Proche Orient, tout comme le judaïsme.

Die Zeit : Mais inversement, les Allemands ne sont-ils pas chrétiens à l’origine ?

Johannes Fried : Comme tous les autres peuples d’Europe, ils n’ont été que christianisés. De même qu’ils ne sont devenus allemands que très progressivement. Les Allemands ont pour ainsi dire quasiment glissé dans leur existence nationale au cours du Haut Moyen Âge et du Moyen Âge classique, longtemps avant l’apparition de la question : « Qu’est-ce qui est allemand ? »

Die Zeit : Vous avez décrit ce processus dans votre livre Les débuts des Allemands, en 1994. Il vient d’être réédité, à l’occasion des vingt-cinq ans de la réunification allemande ou lors des circonstances du débat autour des refugiés ?

Johannes Fried : À l’occasion de la réunification. Mais on peut interpréter ce livre aussi en tant que commentaire des débats actuels, car il démontre : Les Allemands ne sont pas un peuple de droit divin, mais une union politique, issue de nombreux éléments étrangers et toujours de nouveau enrichie par des processus d’immigration.

Die Zeit : Les nationalistes et les romantiques du 19e siècle ont construit une image totalement différente. Ils ont proclamé les Germains comme étant les Allemands originels, ils ont redécouvert la Chanson des Nibelungen et ils ont décrété que le « Moyen Âge allemand » faisait partie de l’histoire nationale allemande.

Johannes Fried : Ce faisant, ils ont exercé une très grande influence. Mais cette Allemagne des Nibelungen, créée par les écrivains et poètes de cette époque, n’a jamais existé. Les « Germains allemands » sont également une invention. Ce qui ne signifie pas non plus qu’on ne peut parler d’Allemagne que depuis l’existence d’un état national allemand, c’est-à-dire depuis 1871. Une histoire allemande remontant à plus de mille ans est tout à fait existante. Cependant, elle ne devrait guère plaire aux romantiques et aux nationalistes.

Die Zeit : Pourquoi ?

Johannes Fried : Parce qu’elle ne parle pas d’une filiation unique ou d’une culture homogène. Les débuts des Allemands se situent entre le 7e et le 10e siècle. À cette époque, ils sont issus d’un mélange de plusieurs peuples multiculturels, résidant alors entre le Rhin, le Danube et l’Oder, dans ce contexte, il faut également noter que le degré de civilisation diminuait à mesure que l’on se déplaçait de l’ouest en direction de l’est. À l’est vivaient des sociétés tribales comme on en trouve aujourd’hui dans le Proche Orient.

Die Zeit : À quelle époque ce mélange devenait-il « allemand » ?

Johannes Fried : Dans un premier temps, diverses tribus consolidaient leur domination. Les saxons, les bohémiens, les anciens bavarois, les francs allemands et certains autres. Ils sont devenus allemands par la création d’un règne supérieur : par la naissance du Saint Empire Romain sous les Ottoniens et les Hohenstaufen entre les 10e et 12e siècles. Leur nom leur vient d’Italie.

Die Zeit : D’Italie ?

Johannes Fried : Avant que les Allemands ne se définissent en tant qu’Allemands, ils étaient appelés Theodisci en Italie. Ce mot dérive de l’ancien haut-allemand diutisc qui est l’adjectif de diot, « peuple ». Il ne signifie rien d’autre que « de langue populaire ». Il s’est transformé en nom il y a environ mille ans, au moment où les Ottoniens ont envahis l’Italie. Ils ont traversé les Alpes en tant qu’union de diverses tribus. Les différents combattants isolés se sont très probablement dit : Nous sommes des Francs, des Saxons, des Alamans, des Bavarois, des Bohémiens. Pour les Italiens, ils étaient tous « allemands », c’est-à-dire des gens qui ne parlaient pas le latin, mais « la langue du peuple ».

Die Zeit : À quel moment les Allemands ont-ils commencé à s’approprier ce nom ?

Johannes Fried : Les premières traces d’une conscience de soi teintée d’allemand apparaissent vers 1200 dans une chanson de Walther von der Vogelweide. Il chante le pays allemand, l’homme allemand, la femme allemande, ainsi que ses vertus et sa beauté. D’après ce que je vois, c’était la première trace d’une relation émotionnelle à l’Allemagne.

Die Zeit : Qu’est-ce qui était allemand chez ces Allemands de jadis ?

Johannes Fried : La royauté qui maintenait leur royaume et leurs peuples, le « royaume allemand », l’empire, le Saint Empire Romain auquel on ajoutait plus tard le complément « de nation allemande ». Au 13e siècle on disait, aux Allemands leur empire, aux Italiens leur papauté et aux Français leurs études !

Die Zeit : Donc, les Allemands ne sont pas une nation culturelle à leurs débuts moyenâgeux ?

Johannes Fried : Non. Les unités nationales sont toujours des constructions politiques. C’est également valable pour les Francs, dans les temps antiques, ils étaient une société composée de dix ou douze tribus pratiquant leurs propres traditions. Ce n’est que sous la pression romaine qu’ils sont devenus un peuple uniforme. Puis, au 7e siècle, naissait l’idée que les Francs avaient immigré de Troie, tout comme les Romains. Ainsi est née une tradition nationale franque, la légende de la tribu des Francs.

Die Zeit : Qu’en est-il de la légende de la tribu allemande ? A-t-elle été créée après coup par les nationalistes des 19e et 20e siècles avec leur culte des Germains et des Nibelungen ?

Johannes Fried : On peut le dire à peu près comme cela. Cependant, il y a déjà eu des tentatives plus tôt.

Die Zeit : Pourquoi au juste ce désir est-il né ?

Johannes Fried : Probablement ce sont les universités qui ont joué un rôle prépondérant à partir du 12e siècle. Les étudiants qui arrivaient de toutes parts se retrouvaient en groupes, nommés nations, selon leurs origines. Ces groupes s’interpellaient alors mutuellement : Vous, les fichus Français, vous, les fichus Allemands ! C’est ainsi qu’est né le besoin d’une « histoire nationale ». Puisque les Français avaient une belle légende à présenter, de même que certains peuples allemands isolés cultivaient leurs légendes, ainsi les Bavarois croyaient dur comme fer être des immigrés de l’Orient ! Les Allemands étaient donc en manque. C’est ainsi que l’on inventait un certain nombre de mythes. Qu’on descendait des Tartares. Ou alors d’un géant nommé Teuton. Mais ces histoires ne réussissaient pas à s’imposer.

Die Zeit : Les Français originaires de Troie, les Bavarois d’Orient : À la vue de ces légendes, peut-on conclure que la migration et l’immigration étaient des expériences fondamentales de cette époque et qu’elles sont également à l’origine de l’histoire allemande ?

Johannes Fried : Mais bien sûr. Les grandes invasions ont duré jusqu’au 6e siècle. Bon nombre de fondements de migration issus de légendes des origines plus tardives datent de cette époque. C’est au 15e siècle que nait l’idée que les Allemands descendent des Germains. À cette époque, on découvrait un écrit de l’historien romain Tacite au sujet de Germanie, La Germanie, que les romantiques ont également lu plus tard.

Die Zeit : Dans votre livre, vous en citez une phrase étonnamment actuelle : « Qui, sans la présence d’un danger, serait prêt à abandonner l’Asie, l’Afrique ou bien l’Italie pour s’installer en Germanie, dans ce pays répugnant avec son climat rigoureux, sa culture et son aspect inhospitaliers ! » Une question : Comment un texte avec de telles affirmations a-t-il pu devenir la bible de ces promoteurs de la culture allemande qu’étaient les frères Grimm.

Johannes Fried : De telles phrases ont évidemment été triées par nos collecteurs de contes de fées nationaux. Ce qui les fascinait chez Tacite, c’est qu’il louait les Germains en tant que modèles de moralité, malgré tout le côté arriéré qu’il leur attestait volontiers. Ce qu’ils oubliaient, c’est que La Germanie était un pamphlet dénonçant les défauts de la société romaine. Ce texte n’a rien à voir avec les « vrais Germains » et encore moins avec les Allemands.

Die Zeit : Dans votre livre, vous relatez également la première phrase en allemand qui nous est parvenue, datant du 10e siècle : « Sagemir, uueo namun habet deser man – uuana pistdu – uuerpistdu » : « Dis-moi quel nom porte cet homme – D’où viens-tu – Qui es-tu ? » S’agit-il d’une preuve de l’importance de la question de l’origine ?

Johannes Fried : Non. Nous avons ici un livre de notes d’un élève de langue romaine qui apprend l’allemand, une sorte de carnet de vocables, donc. Ce document prouve l’existence de rencontres ouvertes et curieuses entre étrangers. Un autre fait est plus important pour l’histoire allemande : la rivalité prononcée des différents princes dans laquelle la structure fédérale de l’empire trouve son fondement et qui est même devenue l’exemple pour la structure politique des États-Unis à l’époque des Lumières.

Die Zeit : Les Allemands ont souvent interprété ce fait comme une faiblesse, une menace de fragmentation, quelque chose qu’il fallait surmonter. Ce besoin d’identité, de « valeurs allemandes », provient-il de cet état de fait ?

Johannes Fried : Probablement. Ce faisant, la riche histoire des Allemands depuis le Moyen Âge a été totalement enfouie.

Die Zeit : Qu’est-ce qu’être allemand ? est le titre du premier chapitre de votre livre. Que répondez-vous aujourd’hui à cette question ?

Johannes Fried : Notre nom nous vient des Italiens, la démocratie des Français, nous lisons la littérature du monde entier, depuis nos débuts, nous sommes un produit d’immigration et d’acculturation. Les migrants et les refugiés qui arrivent maintenant vont nous changer une nouvelle fois. Qu’est-ce qui est allemand ? Nous devons vivre avec le fait qu’il n’y a pas de réponse définitive à cette question. C’est ainsi depuis toujours en Allemagne.

Dies ist der Originalartikel der in 
Der Zeit online 13. November 2015
erschienen ist

 

Deutsche:Kommen die Bayern aus dem Orient?

Seit Monaten diskutiert Deutschland über Migranten und Flüchtlinge. Aber woher stammen eigentlich die Deutschen selbst? Fragen an den Mittelalter-Historiker Johannes Fried

Interview: Christian Staas

  1. November 2015, DIE ZEIT online

 

JOHANNES FRIED
ist Prof. em. für mittelalterliche Geschichte an der Universität Frankfurt a. M.

 

DIE ZEIT: « Unser Land, unsere Werte » forderten Pegidaner jüngst auf einer ihrer Hassdemos. Herr Fried, Sie haben die Geschichte der Deutschen bis ins frühe Mittelalter zurückverfolgt. Sind Ihnen jemals « deutsche Werte » begegnet?

Johannes Fried: Nein. Es gibt menschliche oder kulturelle Werte, die Werte des Christentums und natürlich die westlichen Werte der Aufklärung. « Deutsche Werte » gibt es nicht.

ZEIT: Unsere « besorgten Bürger » würden Ihnen ein Kreuz in Schwarz-Rot-Gold entgegenhalten.

Fried: Absurd! Das Christentum ist seinem Ursprung nach so « deutsch » wie der Islam. Beide Religionen sind, wie das Judentum, aus dem Nahen Osten nach Europa eingewandert.

ZEIT: Aber sind nicht, umgekehrt, die Deutschen zumindest ihrem Ursprung nach christlich?

Fried: Sie wurden, wie die anderen Völker Europas, erst christianisiert. Und sie wurden auch nur ganz allmählich zu Deutschen. Die Deutschen sind im frühen und hohen Mittelalter gleichsam in ihre nationale Existenz hineingeschlittert, lange bevor die Frage aufkam: « Was ist deutsch? »

ZEIT: Sie haben diesen Prozess 1994 in Ihrem Buch Die Anfänge der Deutschen beschrieben. Nun ist es neu aufgelegt worden – zu 25 Jahren deutscher Einheit oder passend zur Flüchtlingsdebatte?

Fried: Ersteres. Aber das Buch lässt sich auch als Kommentar zur aktuellen Debatte lesen, denn es zeigt: Die Deutschen sind kein gottgegebenes Volk, sondern ein politischer Verband, der aus vielen fremden Elementen und immer wieder auch aus Einwanderungsprozessen erwachsen ist.

ZEIT: Die Nationalisten und Romantiker des 19. Jahrhunderts haben ein anderes Bild gezeichnet. Sie haben die Germanen zu den Urdeutschen erklärt, dasNibelungenlied wiederentdeckt und das « deutsche Mittelalter » zu einem Teil der deutschen Nationalgeschichte gemacht.

Fried: Damit übten sie großen Einfluss aus. Doch das Nibelungendeutschland, das damals erdichtet wurde, gab es nie. Auch die « deutschen Germanen » sind eine Erfindung. Das heißt nicht, dass man von Deutschland erst sprechen kann, seit es einen deutschen Nationalstaat gibt, seit 1871. Es gibt durchaus eine deutsche Geschichte, die mehr als 1.000 Jahre zurückreicht. Nur dürfte sie den Romantikern und Nationalisten schwerlich gefallen.

ZEIT: Weshalb?

Fried: Weil sie nicht von einer einheitlichen Abstammung oder Kultur handelt. Die Anfänge der Deutschen liegen zwischen dem 7. und dem 10. Jahrhundert. In dieser Zeit gingen sie aus dem multikulturellen Vielvölkergemisch hervor, das damals zwischen Rhein, Donau und Oder siedelte – wobei der Grad der Zivilisation von Westen nach Osten abnahm. Dort lebten vermutlich Clangesellschaften wie heute im Vorderen Orient.

ZEIT: Wann wurde dieses Gemisch « deutsch »?

Fried: Zunächst festigten verschiedene Stämme ihre Herrschaft. Sachsen, Böhmen, Bajuwaren, die deutschen Franken und andere. Zu Deutschen wurden sie durch die Herausbildung einer übergeordneten Herrschaft: durch die Entstehung des Heiligen Römischen Reiches unter den Ottonen und den Staufern zwischen dem 10. und dem 12. Jahrhundert. Ihren Namen empfingen sie in Italien.

ZEIT: In Italien?

Fried: Bevor sich die Deutschen als Deutsche definierten, wurden sie dort so genannt: Theotisci. Das Wort leitete sich vom althochdeutschendiutisc her, ein Adjektiv zu diot, « Volk ». Es bedeutet nichts anderes als « volkssprachlich ». Zum Namen wurde es vor rund 1.000 Jahren, als die Heere der Ottonen in Italien einfielen. Sie zogen in Stammesverbänden über die Alpen. Die einzelnen Kämpfer haben wahrscheinlich gesagt: Wir sind Franken, Sachsen, Alemannen, Bayern, Böhmen. Für die Italiener waren sie allesamt « Deutsche » – Leute, die kein Latein sprachen, sondern « die Sprache des Volkes ».

ZEIT: Wann haben Deutsche begonnen, sich diesen Namen anzueignen?

Fried: Die erste Spur eines deutsch-getönten Selbstbewusstseins findet sich um 1200 in einem Lied Walthers von der Vogelweide. Der besang deutsches Land, deutsche Männer, deutsche Frauen, ihre Tugenden und ihre Schönheit. Das war, soweit ich sehe, die erste Spur eines emotionalen Verhältnisses zu Deutschland.

ZEIT: Was war denn das Deutsche an diesen Deutschen von damals?

Fried: Das Königtum, das ihr Reich und ihre Völker zusammenhielt, das « deutsche Reich », das Imperium, das Heilige Römische Reich, dem man später den Zusatz « deutscher Nation » anhängte. Den Deutschen das Imperium, hieß es im 13. Jahrhundert, den Italienern das Papsttum und den Franzosen das Studium!

ZEIT: Die Deutschen sind also in ihren mittelalterlichen Anfängen keine Kulturnation?

Fried: Nein. Nationale Einheiten sind immer politische Gebilde. Das gilt auch für die Franken, zu antiker Zeit eine Gesellschaft aus zehn, zwölf Stämmen, die lange Zeit ihre eigenen Traditionen pflegten. Erst unter römischem Druck wurde daraus ein einheitliches Volk. Im 7. Jahrhundert kam dann die Vorstellung auf, die Franken seien wie die Römer aus Troja eingewandert. So entstand eine fränkische Nationaltradition, die fränkische Stammessage.

ZEIT: Und die deutsche Stammessage? Die lieferten die Nationalisten des 19. und 20. Jahrhunderts nach mit ihrem Germanen- und Nibelungenkult?

Fried: Das kann man so sagen. Es gab allerdings auch schon frühere Versuche.

ZEIT: Warum kam dieser Wunsch überhaupt auf?

Fried: Wahrscheinlich spielten da vom 12. Jahrhundert an die Universitäten eine Rolle. Die von überall her kommenden Studenten fanden sich in Gruppen zusammen, je nach Herkunft, in den sogenannten Nationen. Da wurde sich dann angepöbelt: Ihr blöden Franzosen, ihr blöden Deutschen! So kam das Bedürfnis nach einer « Nationalgeschichte » auf. Die Franzosen hatten ja eine schöne Sage vorzuweisen, auch einzelne deutsche Völker pflegten ihre Legenden, die Bayern etwa glaubten, aus dem Orient eingewandert zu sein! Den Deutschen fehlte so etwas. So erfand man allerhand Mythen. Dass man von den Tataren abstamme. Oder von einem Riesen namens Teuton. Doch diese Storys konnten sich nicht durchsetzen.

ZEIT: Franzosen aus Troja, Bayern aus dem Morgenland: Lassen diese Legenden darauf schließen, dass Migration und Einwanderung Grunderfahrungen jener Zeit waren und damit auch am Anfang der deutschen Geschichte stehen?

Fried: Aber ja. Bis ins 6. Jahrhundert hinein hielten die Völkerwanderungen an. Aus dieser Zeit stammen viele Wandermotive der späteren Herkunftssagen. Im 15. Jahrhundert kommt dann die Idee auf, die Deutschen stammten von den Germanen ab. Damals entdeckte man eine Schrift des römischen Historikers Tacitus über Germanien, dieGermania, die später auch die Romantiker lasen.

ZEIT: Sie zitieren daraus in Ihrem Buch einen verblüffend aktuellen Satz: « Wer würde schon ohne Gefahr Asien, Afrika oder Italien aufgeben, um nach Germanien zu ziehen, in jenes abstoßende Land mit seinem rauen Klima, seiner unfreundlichen Kultur und Erscheinung! » Nur: Wie konnte ein Text mit solchen Aussagen zu einer Bibel von Deutschtümlern wie den Brüdern Grimm werden?

Fried: Sätze wie diesen haben unsere nationalen Märchenerzähler natürlich aussortiert. Sie faszinierte am Tacitus, dass er die Germanen als sittliche Vorbilder lobte – bei aller Rückständigkeit, die er ihnen attestierte. Was sie verkannten: Die Germania war eine Streitschrift, die römische Missstände anprangerte. Mit den « wahren Germanen » hat sie nichts zu tun. Mit den Deutschen schon gar nichts.

ZEIT: In Ihrem Buch geben Sie auch den ersten auf Deutsch überlieferten Satz aus dem 10. Jahrhundert wieder: « Sagemir, uueo namun habet deser man – uuana pistdu – uuerpistdu »: « Sage mir, welchen Namen hat dieser Mensch – Von wo bist du – Wer bist du? » Ein Beleg dafür, wie wichtig die Frage nach der Herkunft war?

Fried: Nein. Es handelt sich um Notizen eines romanischsprachigen Schülers, der Deutsch lernt, um eine Art Vokabelheft also. Das Dokument zeigt, dass es offene, neugierige Begegnungen zwischen Fremden gab. Bedeutender für die deutsche Geschichte ist aber etwas anderes: die ausgeprägte Konkurrenz der Einzelfürsten, in denen die föderale Struktur des Reiches begründet liegt, die in der Aufklärungszeit sogar zu einem Vorbild für die politische Struktur der Vereinigten Staaten wurde.

ZEIT: Die Deutschen haben das oft als Schwäche, als Zersplitterung wahrgenommen, die es zu überwinden gelte. Rührt daher das Bedürfnis nach Identität, nach « deutschen Werten »?

Fried: Wahrscheinlich. Die reiche Geschichte der Deutschen seit dem Mittelalter ist dabei vollkommen verschüttet worden.

ZEIT: Was ist deutsch? heißt das erste Kapitel Ihres Buches. Was antworten Sie heute auf diese Frage?

Fried: Wir haben unseren Namen von den Italienern, die Demokratie von den Franzosen, wir lesen die Literatur der Welt, seit unseren Anfängen sind wir ein Produkt von Zuwanderung und Akkulturation. Die Migranten und Flüchtlinge, die jetzt kommen, werden uns abermals verändern. Was deutsch ist? Wir werden damit leben müssen, dass es keine endgültige Antwort darauf gibt. So war es in Deutschland von jeher.

 

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