Les refugiés : Nouveaux esclaves de l’Europe

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans la
Zeit online du 26 octobre 2015
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

Les refugiés : Nouveaux esclaves de l’Europe

26 octobre 2015 Zeit online

Un article de Susanne Kaiser

Pour survivre, les refugiés travaillent dans les pires conditions pour le plus grand profit de l’agro-industrie en Europe. Les syndicats mettent en garde contre une forme d’esclavage moderne.

Il avait survécu à la guerre civile au Soudan, à la fuite par voie terrestre en Lybie, à la traversée en bateau en Italie également. Mais il n’a pas supporté les conditions de vie qui l’attendaient là-bas. Abdullah Mohammed avait quarante-sept ans lorsqu’il s’écroula dans une plantation de tomates des Pouilles au mois de juillet, ayant succombé à la chaleur et à la fatigue.
En plein soleil et par des températures avoisinant les quarante degrés, le Soudanais avait cueilli des tomates dans un champ, travaillant manuellement et à la tâche, pour à peine plus d’un euro les cinquante kilos. La nuit, il dormait sur un mince matelas, à côté de quatre-vingts autres travailleurs agricoles qui prenaient également place sur le sol de cette baraque de vingt mètres carrés. Il n’y avait pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de toilettes. Par contre, il y avait quantité d’ordures s’amoncelant devant les baraques dans lesquelles quelques enfants abandonnés jouaient peut-être pendant la journée. Pour ses besoins, on fréquentait les champs dans la nuit.
Il est difficile d’imaginer l’odeur dans laquelle ces ouvriers vivaient de jour comme de nuit, de même que la promiscuité, la nourriture avariée ainsi que la corvée dans les champs. Mais la vie et la mort de Mohammed ont dû se passer de cette manière ou à peu près comme cela. Ce qui ressemble à un cas particulier d’exploitation incroyable de la misère humaine est en vérité une réalité relativement fréquente dans les champs européens. Du travail en équipe de douze heures d’affilée, la semaine de six jours, le tout pour un salaire de misère sans le moindre contrat de travail ; les refugiés désespérés acceptent quasiment tout puisqu’il s’agit de survivre.

Des centaines de milliers triment sur les plantations

Cet été, le cas de Mohammed secoua l’Italie pendant un laps de temps relativement court, tandis que tout le monde discutait des possibilités de maîtrise des flux de tant de refugiés et des coûts d’une telle masse d’immigrants.
Cependant, ils existent depuis longtemps, ceux qui profitent de la misère, ceux qui font leurs choux gras avec les forces de travail rivalisant les unes avec les autres, spécialement pendant les périodes de crise économique. Dans la production agricole de masse des grandes entreprises européennes, des centaines de milliers de personnes triment tous les jours, et pas seulement là, mais aussi dans les fermes d’élevage, les abattoirs, les serres et les usines. Sans droits, sans pauses, sans vêtements spécifiques les protégeant contre les pesticides, les broussailles, les lourdes charges, les épizooties ou les températures extrêmes. Ils font en sorte de nous permettre d’être approvisionnés en tomates, fraises, vin, olives, asperges ou viande à bas prix.
Ce qui est impensable d’un point de vue du droit du travail concernant nos propres citoyens, est le quotidien des migrants sans carte de séjour ou sans autorisation de travail. Ce phénomène n’est nullement récent, depuis des années, les hommes sont exploités de telle manière. Jadis, c’étaient surtout les Polonais, les Roumains ou les Bulgares. Il y en a toujours, mais ce qui est nouveau, c’est qu’à cause du nombre croissant de refugiés, de plus en plus d’indigents rivalisent pour obtenir ces boulots minables permettant ainsi encore une pression supplémentaire sur les salaires et les conditions de travail.
Entre-temps, les syndicats italiens, français ou allemands mettent en garde contre ces formes d’esclavage moderne. Certaines études actuelles montrent l’ampleur de l’exploitation (par exemple un supplément de vingt-huit pages au sujet des migrants en tant que travailleurs saisonniers dans le numéro d’octobre du magazine syndical Campagnes solidaires) : Dans l’agro-industrie italienne, française, britannique, allemande, belge, hollandaise ou portugaise le profit est maximisé en diminuant le plus possible les coûts du travail humain. Le salaire des saisonniers peut atteindre soixante pour cent des coûts de production : Ce chiffre a lui seul montre déjà à quel point le dumping salarial et les conditions de logement misérables peuvent être rentables. La Grande Bretagne à elle seule économise ainsi (après conversion) environ 2.5 millions d’euros (selon Gangmasters Licensing Authority, Annual Report and Accounts, du 1er avril 2013 au 31 mars 2014).

Baisser les salaires à coups d’entourloupes

Certains entrepreneurs rusés de l’agro-industrie ont quelques idées pour contourner par exemple les lois concernant les salaires minimum en vigueur dans quelques pays européens ou pour éviter totalement les décomptes de salaires gênants. Par exemple, en rétribuant uniquement la performance et en évitant d’instaurer des contrats légaux de travail. En moyenne, les saisonniers gagnent alors entre deux et trois euros cinquante de l’heure, pour cela ils sont obligés de travailler à la tâche, les heures supplémentaires n’étant pas rémunérées.

Le prix à payer pour notre faim de denrées bon marché

Même ce salaire peut encore être rogné. Couramment, des intermédiaires organisent le travail et transportent les saisonniers sur leur lieu d’intervention. Pour cela, des frais exorbitants sont exigibles, de même que pour l’hébergement minable ou parfois aussi pour une « licence de travail » – en France, par exemple, on peut l’obtenir pour huit mille euros. De même, des amendes sont déduites du salaire, par exemple aux Pays Bas pour une fenêtre laissée ouverte dans la serre. Un matelas comme celui de Mohammed coûte en Italie la somme rondelette de quatre-vingts euros de location par mois. La nourriture n’est à ce stade pas encore prise en compte. « L’hébergement » peut consister en des tentes, comme en France, des préfabriqués ou des immeubles abandonnés en cours de construction, comme au Portugal, ou en alors rien du tout, comme en Grèce. Ici, les travailleurs saisonniers doivent se procurer eux-mêmes leur couchage, à l’aide de bâches en plastique et de tout ce que l’on peut trouver sur un champ.
Ainsi, la production de fraises en Grèce a pu être augmentée de soixante-dix pour cent en quelques années. L’Allemagne est devenue le plus grand abattoir d’Europe avec quasiment soixante millions de cochons, quatre millions de bœufs ainsi qu’un million d’ovins par an. Les Pays Bas écoulent ainsi annuellement des exportations agricoles d’un montant de soixante-cinq milliards d’euros.
À cause de ces coûts d’organisation, de transport et de location ainsi que de systèmes complexes d’endettement, certains saisonniers travaillent pratiquement sans rien gagner. Tant que l’opinion publique européenne ne poursuit que les passeurs en tant qu’esclavagistes, les agents criminels de recrutement de main-d’œuvre peuvent tranquillement œuvrer à leur basse besogne à l’abri de l’attention de la société.

Le prix élevé des aliments bon marché

Pourquoi des êtres humains, peu importe de quelle région et pour quelles raisons ils sont venus, triment-ils jusqu’à l’épuisement en plein soleil, se font parquer la nuit dans des baraques encrassés et se contentent d’un salaire de misère ? Ce sont des immigrés irréguliers, ils ont peur d’être arrêtés. Il se peut aussi que la sale besogne vaille mieux que pas de travail du tout ou que la situation qui les attend chez eux. En outre, la crise économique provoque une spirale descendante : les clients veulent payer de moins en moins cher pour les denrées alimentaires ou alors ne le peuvent pas, la guerre des prix se durcit, de même que les conditions dictées par l’industrie, d’où la nécessité de produire de moins en moins cher, la pression exercée sur les maillons les plus bas de la chaine, c’est-à-dire sur la production agricole et la transformation, augmente en conséquence. Un nombre croissant de personnes sont si pauvres qu’elles sont prêtes à accepter n’importe quelles conditions de travail.
Les caisses des communes qui sont à court d’argent ainsi que la politique d’austérité provoquent de leur côté des lacunes dans les mesures de protection du travail ou un certain laxisme dans leur application puisque d’autres problèmes sont prioritaires. Certains entrepreneurs mafieux ont ainsi trouvé une niche.
De telles pratiques sont-elles vraiment exclusivement la faute de criminels – intermédiaires, petits fermiers et propriétaires de grandes exploitations agricoles qui emploient les saisonniers dans les conditions les plus défavorables ? N’est-ce pas aussi la faute des hommes politiques et des administrations qui ferment l’œil ? Celle de l’industrie alimentaire et des chaines de discount avides de gains qui laissent peu de marges de manœuvre en faveur de meilleures conditions de travail ? Ou alors celle des consommateurs qui acceptent tout pourvu qu’ils paient le prix le plus bas ?
Quel que soit le responsable, les migrants au statut précaire paient un lourd tribut pour notre faim de marchandises à bas prix : leur dignité, leur santé et parfois même leur vie.

 

Dies ist der Originalartikel der in der
Zeit online vom 26. Oktober 2015
erschienen ist

Flüchtlinge: Europas neue Sklaven

Um zu überleben, arbeiten Flüchtlinge in Europa unter schlimmsten Bedingungen zum Nutzen der Agrarindustrie. Gewerkschaften warnen vor moderner Sklaverei.

Von Susanne Kaiser

  1. Oktober 2015, 16:45 Uhr Zeit online

 

Er hatte den Bürgerkrieg im Sudan überlebt, auch die Flucht auf dem Landweg nach Libyen und die Überfahrt mit dem Boot nach Italien. Den Lebensbedingungen dort aber war er nicht gewachsen. Abdullah Mohammed war 47 Jahre alt, als er im Juli auf einer Tomatenplantage in Apulien zusammenbrach und starb – an Hitze und Erschöpfung.

Bei 40 Grad hatte der Sudanese in der prallen Sonne auf dem Feld Tomaten gepflückt, mit seinen Händen und im Akkord, für kaum mehr als einen Euro den Zentner. In der Nacht legte er sich zum Schlafen auf eine dünne Matratze, neben 80 andere Landarbeiter, die auf dem Boden der 20 Quadratmeter großen Baracke Platz fanden. Fließend Wasser, Strom oder Toiletten gab es dort nicht. Dafür jede Menge Müll, der sich vor den Baracken auftürmte und in dem tagsüber vielleicht ein paar zurückgelassene Kinder spielten. Für die Notdurft schlug man sich nachts ins Feld.

Den Geruch, in dem die Arbeiter tagein, tagaus hausten, mag man sich kaum vorstellen, eben so wenig die Enge, das faulige Essen oder die harte Schinderei auf dem Acker. So oder so ähnlich aber muss es gewesen sein, das Leben und Sterben von Mohammed. Was wie ein unglaublicher Einzelfall von Ausbeuterei menschlichen Elends klingt, ist tatsächlich relativ gängige Praxis auf Europas Feldern: Zwölf-Stunden-Schichten, Sechs-Tage-Woche, für einen Hungerlohn ohne Arbeitsvertrag – verzweifelte Flüchtlinge akzeptieren fast alles, wenn es ums Überleben geht.

Hunderttausende schuften auf Plantage

Der Fall von Mohammeds Tod erschütterte im Sommer für kurze Zeit Italien, während alle Welt davon sprach, wie die Bewegungen der vielen Flüchtlinge zu bewältigen seien und was die Massen an Einwanderern kosten würden

Dabei gibt es sie längst, die Profiteure der Not, die gerade in Zeiten der Wirtschaftskrise mit den konkurrierenden Arbeitskräften ihre Geschäfte machen. In der landwirtschaftlichen Massenproduktion europäischer Großunternehmen schuften jeden Tag Hunderttausende, und nicht nur dort, auch in Fleischfarmen, Schlachtereien, Treibhäusern und Fabriken. Ohne Rechte, ohne Pausen, ohne Schutzbekleidung gegen Pestizide, Gestrüpp, schwere Lasten oder Tierseuchen, bei extremen Temperaturen. Sie sorgen dafür, dass wir mit günstigen Tomaten, Erdbeeren, Wein, Oliven, Spargeln oder Fleisch versorgt sind.

Was arbeitsrechtlich bei den eigenen Bürgern undenkbar wäre, ist bei Migranten ohne Aufenthaltsgenehmigung oder Arbeitspapiere an der Tagesordnung. Das Phänomen ist keineswegs neu, schon seit Jahren werden Menschen auf diese Weise ausgebeutet. Früher waren es vor allem Polen, Rumänen oder Bulgaren. Die gibt es immer noch, neu aber ist, dass durch steigende Flüchtlingszahlen noch mehr Notleidende um die miesen Jobs konkurrieren, sich Löhne und Konditionen noch weiter drücken lassen. 

Gewerkschaften aus Italien, Frankreich oder Deutschland warnen inzwischen vor Formen der modernen Sklaverei. Aktuelle Untersuchungen (etwa ein 28-seitiges Supplement zu Migranten als Saisonarbeiter in der Oktoberausgabe der französischen Gewerkschaftszeitschrift Campagnes Solidaires) zeigen das Ausmaß der Ausbeutung: In der italienischen, französischen, britischen, deutschen, belgischen, niederländischen oder portugiesischen Agrarindustrie wird der Gewinn maximiert, indem die Kosten für die menschliche Arbeitskraft so tief gedrückt werden wie möglich. Der Lohn der Erntehelfer kann bis zu 60 Prozent der gesamten Produktionskosten ausmachen: Allein die Zahl macht klar, wie sehr sich Lohndumping und miserable Unterkünfte lohnen. Allein in Großbritannien werden dadurch jährlich umgerechnet knapp 2,5 Millionen Euro gespart (laut Gangmasters Licensing Authority, Annual Report and Accounts, 1. April 2013 bis 31. März 2014).

Mit miesen Tricks Löhne drücken

Gerissene Agrarunternehmer lassen sich dabei so einiges einfallen, um beispielsweise Mindestlöhne zu umgehen, die in einigen europäischen Ländern gelten, oder um lästige Lohnzahlungen gleich ganz zu vermeiden. Zum Beispiel, indem sie nur die Leistung honorieren oder gar nicht erst für legale Arbeitsverhältnisse sorgen. Durchschnittlich kommen Saisonarbeiter dann auf 2 bis 3,50 Euro die Stunde und müssen dafür im Akkord ackern. Überstunden werden nicht bezahlt.

Der Preis für unseren Hunger auf billige Waren

Sogar an diesem Lohn lässt sich noch schrauben. Eine gängige Methode ist es, Mittelsmänner die Arbeiter organisieren und zum Einsatzort transportieren zu lassen. Hierfür werden exorbitante Gebühren fällig, genauso wie für die schäbige Unterkunft oder manchmal auch für eine « Arbeitslizenz » – in Frankreich beispielsweise gibt es die für 8.000 Euro. Auch werden Strafen vom Lohn abgezogen, etwa in den Niederlanden für ein geöffnetes Fenster im Treibhaus. Eine Matratze wie die von Mohammed schlägt in Italien mit rund 80 Euro Miete monatlich zu Buche. Essen ist da noch nicht eingerechnet. Die « Unterkünfte » können Zelte sein, wie in Frankreich, Container oder Bauruinen, wie in Portugal, oder einfach gar nichts, wie in Griechenland. Hier müssen Feldarbeiter selbst für ihre Schlafgelegenheit sorgen, mit Plastikplanen und allem, was der Acker hergibt.

In Griechenland konnte so die Erdbeerproduktion in einigen Jahren um 70 Prozent gesteigert werden. Deutschland hat sich zum größten Schlachthaus Europas entwickelt, mit jährlich knapp 60 Millionen Schweinen, 4 Millionen Rindern und einer Million Schafen. Und die Niederlande setzen auf die Art jedes Jahr Agrarexporte für 65 Milliarden Euro ab.

Durch Vermittlungs-, Transport- und Mietkosten sowie Verschuldungsverhältnisse arbeiten manche Erntehelfer umsonst. Solange die europäische Öffentlichkeit nur Schlepper als Menschenhändler ins Visier nimmt, können die kriminellen Arbeitsvermittler im Schatten der gesellschaftlichen Aufmerksamkeit in aller Ruhe ihren Geschäften nachgehen.

Der hohe Preis für billige Lebensmittel

Warum schuften Menschen, egal woher und aus welchen Motiven sie kamen, bis zur Erschöpfung in der prallen Sonne, lassen sich nachts in verdreckte Baracken einpferchen und mit einem Hungerlohn abspeisen? Sie sind irregulär hier und haben Angst entdeckt zu werden. Vielleicht ist die Drecksarbeit auch immer noch besser als gar keine oder das, was sie zu Hause erwartet. Außerdem sorgt die Wirtschaftskrise für eine Abwärtsspirale: Immer weniger wollen oder können die Kunden für Lebensmittel bezahlen, immer härter werden Preiskämpfe und von der Industrie diktierte Rahmenbedingungen, immer billiger muss produziert werden, immer höher steigt der Druck auf die untersten Glieder der Kette, die landwirtschaftliche Erzeugung und Verarbeitung, immer mehr Menschen sind so arm, dass sie alle Arbeitsbedingungen akzeptieren. 

Klamme Kassen der Kommunen und Austeritätspolitik sorgen ihrerseits dafür, dass Arbeitsschutzmaßnahmen fehlen oder nicht durchgesetzt werden; andere Probleme sind drängender. Mafiöse Unternehmer haben so eine Nische gefunden.

Doch sind es wirklich nur Kriminelle, die an solchen Praktiken Schuld sind – Mittelsmänner, Klein- und Großbauern, die Erntehelfer zu widrigsten Konditionen beschäftigen? Nicht auch Politik und Behörden, die wegschauen? Profitgierige Lebensmittelindustrie und Discounter, die mit ihrer Preispolitik wenig Spielraum für bessere Arbeitsbedingungen lassen? Oder Konsumenten, die für einen günstigen Preis alles in Kauf nehmen?

Wer auch verantwortlich sein mag, prekär beschäftigte Migranten zahlen einen hohen Preis für unseren Hunger auf billige Waren: ihre Würde, ihre Gesundheit und manchmal ihr Leben.

 

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