Günter Wallraff Tête de turc

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans le
Spiegel online einestages du 19 octobre 2015
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

À propos du récit de Günter Wallraff Tête de turc qui fit scandale, « étranger recherche boulot de merde même peu rémunéré ».

Spiegel online einestages du 19 octobre 2015

Racisme, exploitation, dangers pour la santé : Dans la peau du Turc Ali, Günter Wallraff a expérimenté les aspects les plus sombres du monde du travail en Allemagne : Trente ans plus tard, il se souvient comment il faillit être démasqué à plusieurs reprises.

Une interview de Michael Sontheimer

einestages : Monsieur Wallraff, le récit de votre existence de taupe Tête de turc, paru en 1985, passe pour être l’essai le plus célèbre d’Allemagne fédérale. Combien de temps vous êtes-vous préparé au rôle du Turc Ali que vous jouiez pour mener vos recherches ?

Günter Wallraff : Déjà plus d’une dizaine d’années auparavant j’avais fait mes premiers essais en tant qu’ouvrier turc. Il y avait eu des prises de vue de la télévision lors du travestissement ainsi qu’au moment de la recherche du travail. Mais j’ai échoué à cause du cours intensif de turc. À l’école déjà, j’étais nul en langues étrangères.

einestages : C’est grâce à une légende que vous avez contourné le problème de la langue.

Günter Wallraff : J’ai indiqué que mon père était un kurde turc et ma mère grecque, mais que j’ai été élevé par elle seule en Grèce et que c’est pour cette raison que je ne parlais pas le turc.

einestages : Et ça a marché ?

Günter Wallraff : J’ai eu de la chance de ne pas avoir eu de collègues grecs chez Thyssen, ni sur les chantiers, ni chez McDonald’s. Mais lorsqu’une fois l’un de mes collègues est devenu méfiant, me demandant « Parle donc un peu en grec ! », mes connaissances rudimentaires du grec ancien datant du lycée m’ont sorti d’affaire. J’ai pu ainsi réciter le début de l’Odyssée d’Homère. On n’apprend jamais en vain dans la vie !

einestages : Au départ, vous aviez publié une petite annonce – « Étranger, vigoureux, cherche travail, n’importe quoi, même corvées et sales besognes, maigre rémunération acceptée ». Quel genre de travail vous a-t-on alors offert ?

Günter Wallraff : Tout d’abord, j’ai rénové un centre d’équitation à Cologne, puis j’ai trimé comme valet sans aucun droit dans une ferme en Basse-Saxe. Ensuite comme ouvrier du bâtiment clandestin sur un grand chantier d’appartements de luxe à Cologne. J’ai aussi postulé pour un travail dans les usines Jurid à côté de Hambourg parce que j’avais entendu dire que les Turcs travaillaient là-bas dans la poussière d’amiante soi-disant sans masques. Heureusement que je n’ai pas été embauché. Je ne serais peut-être plus en vie aujourd’hui.

einestages : Vous aviez plus de quarante ans, mais vous avez prétendu n’en avoir que vingt-huit. Comment cela a pu passer ?

Günter Wallraff : Les entreprises ne voulaient embaucher que les jeunes, ceux qui n’étaient pas encore usés. J’étais bien préparé par un entrainement d’endurance et je faisais de la musculation, je courais le marathon en deux heures cinquante. Après les missions permanentes chez Thyssen, j’ai eu de graves problèmes de bronches et de disques intervertébraux, j’étais déjà content lorsque je pouvais encore courir vingt minutes d’affilée.

einestages : Que vouliez-vous démontrer avec Tête de turc ?

Günter Wallraff : Je tenais à élucider les conditions de travail et de vie des turcs en Allemagne. Je voulais montrer le racisme brutal auquel les turcs étaient confrontés à cette époque. Les qualitatifs courants étaient : « Turc de cumin », « bouffeur d’ail », « chamelier », « canaque ». Je voulais m’évader de ma vie en devenant complètement quelqu’un d’autre.

einestages : Vous avez ainsi fait des recherches pendant deux ans et demi. Pendant tout ce temps, jamais personne ne vous a démasqué ?

Günter Wallraff : Un jeune ouvrier turc chez Thyssen, Orhan Türk, s’est aperçu que je filmais en cachette. Il croyait que je travaillais pour une organisation turque et chuchotait en désignant ma serviette de travail : « Avec ou sans le son ? » Je l’ai prié instamment de se taire. C’est ce qu’il a fait.

einestages : Dans quelles conditions avez-vous travaillé chez Thyssen ?

Günter Wallraff : Les travaux étaient associés à de telles contraintes pour la santé qu’ils n’osaient pas les exiger des équipes permanentes. Après quelques années, la plupart de ces clandestins étaient usés, souffrant d’affections des voies respiratoires ou des poumons. Moi, j’étais intérimaire, embauché par un sous-traitant. Nos chefs, les esclavagistes, recevaient de la part de Thyssen plusieurs fois la somme qu’ils nous payaient. S’ils payaient. La moyenne se situait à peu près entre six et huit marks bruts de l’heure. Le salaire bas pouvait être légèrement compensé par des heures supplémentaires, voire en doublant le temps de travail en faisant les deux huit au lieu d’un, jusqu’à seize heures d’affilée.

einestages : Quels étaient les pires moment dans de votre vie en tant qu’Ali ?

Günter Wallraff : Par exemple, lorsqu’en faisant les deux huit chez Thyssen, nous avons été envoyés dans des puits étroits pour débarrasser une installation remplie de poussières et d’huiles toxiques à l’aide de machines à air comprimé. Nous avons dégluti et glavioté, nous étions constamment exhortés à aller plus vite. Malgré les poussières toxiques, nous n’avions ni masques ni vêtements de protection.

einestages : Vous ne disposiez pas de vêtements de travail ?

Günter Wallraff : Non, nous n’avions pas non plus de casques. Je m’étais acheté un casque et un matin le contremaître me disait : « Le collègue allemand a oublié son casque. Toi casque lui donner. » Lorsque je protestais, il ordonnait : « Toi lui donner, sinon toi être viré tout de suite. »

einestages : Vous ne vous êtes jamais demandé si cela en valait encore la peine ?

Günter Wallraff : C’était aussi un défi vis-à-vis de moi-même. Je n’étais à ce moment que le turc Ali, et lui, il ne pouvait pas simplement laisser tout tomber. De plus, j’aurais ressenti cela comme de la lâcheté et une trahison face à mes collègues qui, eux, ne pouvaient pas spontanément tout arrêter.

einestages : Lors de la première parution de Tête de turc, les trois imprimeurs n’arrivaient pas à suivre le rythme effréné des tirages supplémentaires, des éditions pirates apparaissaient sur le marché. Pourquoi ce livre s’est-il si bien vendu ?

Günter Wallraff : C’est un livre décrivant le vécu dans lequel de réelles souffrances sont exprimées, mais dans le même temps c’est aussi un essai. Ali est une partie de moi-même. Il est ballotté dans une tension entre différentes cultures, il a des rêves d’avenir, la compréhension et la réconciliation entre les cultures et les nationalités diverses.

einestages : Les entreprises concernées visaient très certainement moins l’harmonie. Comment ont-elles réagi ?

Günter Wallraff : Juridiquement. Dans un premier temps, un petit entrepreneur du bâtiment a été poussé sur le devant de la scène mais il n’a pas réussi à faire interdire le livre. McDonald’s aussi a porté plainte. Après les descriptions dans mon livre, quelques clients avaient considérablement perdu l’appétit : Lorsque, dans un établissement, les toilettes étaient bouchées, on t’envoyait aussitôt avec le grattoir du Royal-Grill aux cabinets pour remédier au problème. Et puis retour au Royal-Grill. McDonald’s a subi une baisse considérable de son chiffre d’affaires. Malheureusement pas parce que les clients se sont offusqués des conditions de travail lamentables, mais à cause du manque d’hygiène. Ça, ça m’a estomaqué.

einestages : Est-ce que McDonald’s a remporté une victoire au tribunal ?

Günter Wallraff : J’avais trouvé des douzaines de nouveaux témoins par petites annonces et j’avais déjà loué un car pour les transporter au procès à Munich. C’est là que le management de McDonald’s a eu peur d’échouer avec sa plainte et l’a retirée. Mais cela a eu un effet inattendu : Tête de turc a été traduit dans trente-huit langues, dernièrement en coréen, mais n’a jamais été publié aux États-Unis. Là-bas, un éditeur a pris une option sur le livre, mais il voulait que mon éditeur, Kiepenheuer & Witsch, le dédommage en cas de toute action juridique de la part de McDonald’s. Nous ne pouvions pas courir ce risque car aux États-Unis on atteint dans ces cas très rapidement des sommes de plusieurs millions.

einestages: Vous avez également enregistré des vidéos clandestines de vos expériences en tant qu’Ali. Le cinéaste de documentaires Jörg Gförer en a tiré un film qui n’a jamais été diffusé par la première chaine de télévision. Pourquoi ?

Günter Wallraff : La Bavière ainsi que les Länder gouvernés par la CDU (chrétien-démocrate) ont empêché la diffusion, même dans les programmes des troisièmes chaînes (régionales). Il n’a été diffusé que par le programme régional de radio Brême et au cinéma – jusqu’au moment où, trois mois plus tard, on a mis tellement de pression sur la société de diffusion qu’elle a fini par retirer le film. La télévision hollandaise l’a diffusé, sous-titré en allemand pour qu’au moins les Allemands limitrophes puissent le regarder.

einestages : Qu’a changé Tête de turc ?

Günter Wallraff : Le livre a eu un impact immédiat, tout d’abord sur les lieux mêmes du délit. Nous avons organisé une action de protestation dans le bureau du personnel chez Thyssen avec des collègues en exigeant l’embauche en CDI des travailleurs intérimaires, embauchés par un sous-traitant. Nous avons réussi. Thyssen a été condamné à une contravention de plus d’un million de marks. À partir de ce moment-là, les deux huit d’affilé ont été supprimés en échange de masques à poussière et de casques de sécurité ainsi que d’une douzaine de nouveaux ingénieurs chargés de la sécurité.

einestages : Comment la sphère politique a-t-elle réagi ?

Günter Wallraff : J’ai rencontré plusieurs fois le ministre des affaires sociales de la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, Hermann Heinemann, il a créé un groupe de travail, appelé entre nous « groupe Ali », une sorte de commando mobile destiné à surveiller les grands groupes. Et puis : les Allemands se mettaient enfin massivement à s’intéresser à leurs collègues et voisins turcs.

einestages : De nos jours, pourrait-on aboutir à un impact comparable avec un nouveau livre comme Tête de turc ? Ou alors les gens sont-ils devenus insensibles ?

Günter Wallraff : Si on montre les abus de façon compréhensible, je crois qu’il est encore possible de sensibiliser les gens. Quelqu’un qui s’infiltre pendant deux ans dans le monde des emplois aux salaires au rabais et de l’exploitation et qui le décrit de manière subjective pourrait obtenir un effet similaire. En fait, un tel « livre noir » devrait paraître de temps en temps car ce que jadis les ouvriers turcs ont vécu concerne aujourd’hui les conditions de travail des Roumains ou des Bulgares par exemple – et sous peu probablement aussi celles des nouveaux refugiés.

 

Informations sur la personne :

Le journaliste Günter Wallraff, né le 1er octobre 1942 à Burscheid, est considéré comme le précurseur du reportage infiltré. Après une formation de libraire, il publie depuis 1963 divers reportages d’investigations et de révélations concernant ses expériences clandestines vécues dans le monde du travail allemand dans plusieurs livres comme Industriereportagen (1963) (Reportages dans l’industrie), Der Aufmacher – Der Mann, der bei ‘Bild’ Hans Esser war (1977) (Le journaliste indésirable) ou Ganz unten (1985) (Tête de turc). Pour ses reportages, Günter Wallraff adopte régulièrement de fausses identités, prenant par exemple celle d’un sans-abri, d’un fabricant de produits chimiques, d’un indic surveillant le NPD (parti national-socialiste) ou alors dans Tête de turc celle de l’ouvrier Ali, d’origine turque. Sa méthode de travail est à l’origine de néologismes, le verbe « wallraffa » en suédois et « wallraffe » en norvégien. Günter Wallraff vit et travaille aujourd’hui à Cologne.

 

Dies ist der Originalartikel der im
Soiegel online einestages vom 19. Oktober 2015
 erschienen ist

Wallraffs Skandal-Reportage « Ganz unten » »Ausländer sucht Drecksarbeit, auch für wenig Geld »

Spiegel online einestages 19/10/2015

Rassismus, Ausbeutung, Gesundheitsschäden: Als Türke Ali erlebte Günter Wallraff die finstersten Seiten der deutschen Arbeitswelt. 30 Jahre später erinnert er sich, wie knapp er oft der Enttarnung entging. Ein Interview von Michael Sontheimer

einestages: Herr Wallraff, Ihr 1985 erschienener Undercover-Erlebnisbericht « Ganz unten » gilt als erfolgreichstes bundesdeutsches Sachbuch. Wie lange haben Sie sich auf die Rolle des Türken Ali vorbereitet, in die Sie für die Recherche schlüpften?

Wallraff: Ich hatte bereits über zehn Jahre zuvor die ersten Versuche als türkischer Arbeiter unternommen. Es wurden schon Fernsehaufnahmen von der Verkleidung und der Arbeitssuche gemacht. Aber ich bin am Intensivkurs Türkisch gescheitert. Ich war schon in der Schule ein Versager bei Fremdsprachen.

einestages: Das Sprachproblem haben Sie mit einer Legende umschifft.

Wallraff: Ich gab an, dass mein Vater türkischer Kurde sei und meine Mutter Griechin, dass ich aber mit ihr allein in Griechenland aufgewachsen sei und kein Türkisch spreche.

einestages: Und das ging gut?

Wallraff: Zum Glück hatte ich bei Thyssen, auf Baustellen und bei McDonald’s keine griechischen Kollegen. Als trotzdem einmal einer misstrauisch wurde und mich aufforderte: « Sprich doch mal Griechisch! », kamen mir meine rudimentären Altgriechisch-Schulkenntnisse zugute. So konnte ich den Anfang der « Odyssee » von Homer aufsagen. Man lernt doch nie umsonst im Leben!

einestages: Sie gaben anfangs eine Kleinanzeige auf – « Ausländer, kräftig, sucht Arbeit, egal was, auch Schwerst- u. Drecksarbeit, auch für wenig Geld ». Welche Jobs wurden Ihnen angeboten?

Wallraff: Zunächst habe ich in Köln einen Reitstall renoviert, dann in Niedersachsen auf einem Bauernhof geschuftet, als Knecht, der keine Rechte hatte. Dann als illegaler Bauarbeiter auf einer Großbaustelle für Luxuswohnungen in Köln. Ich hatte mich auch in den Jurid-Werken bei Hamburg beworben, weil ich gehört hatte, dass dort Türken angeblich ohne Masken im Asbeststaub arbeiteten. Den Job habe ich zum Glück nicht bekommen. Sonst würde ich heute vielleicht nicht mehr leben.

einestages: Sie waren über 40 Jahre alt, aber haben sich als 28 ausgegeben. Wie ging das denn?

 

Wallraff: Die Firmen wollten nur die Jungen, Unverbrauchten. Ich war durch Ausdauer- und Krafttraining gut vorbereitet und lief Marathon in 2 Stunden 50. Nach den Dauereinsätzen bei

Thyssen hatte ich schwere Bronchien- und Bandscheibenprobleme, und ich war froh, noch 20 Minuten am Stück laufen zu können.

einestages: Was wollten Sie mit « Ganz unten » zeigen?

Wallraff: Es ging mir um Aufklärung über die Arbeits- und Lebensverhältnisse der Türken in Deutschland. Ich wollte den brutalen Rassismus zeigen, mit denen Türken damals konfrontiert waren. Die gängigen Bezeichnungen waren: « Kümmeltürken », « Knoblauchfresser », « Kameltreiber », « Kanaken ». Und ich wollte aus meinem Leben ausbrechen und ein ganz anderer werden.

einestages: Zweieinhalb Jahre lang haben Sie so recherchiert. Hat Sie in der ganzen Zeit nie jemand enttarnt?

Wallraff: Ein junger türkischer Arbeiter bei Thyssen, Orhan Türk, hat gemerkt, dass ich heimlich filme. Der dachte, ich arbeite für eine türkische Organisation, und flüsterte, auf meine Arbeitstasche zeigend: « Mit oder ohne Ton? » Ich bat ihn inständig zu schweigen. Und das hat er auch getan.

einestages: Unter welchen Bedingungen haben Sie bei Thyssen gearbeitet?

Wallraff: Die Arbeiten waren mit solchen Gesundheitsbelastungen verbunden, dass sie den Stammbelegschaften nicht zugemutet wurden. Nach wenigen Jahren waren die meisten verschlissen, litten an Atem- und Lungenbeschwerden. Ich war Leiharbeiter. Unsere Chefs, die Menschenhändler, bekamen von Thyssen ein Vielfaches von dem, was sie uns zahlten. Wenn sie überhaupt zahlten. 6 bis 8 D-Mark brutto die Stunde waren so der Schnitt. Der niedrige Lohn ließ sich durch Überstunden mit Doppelschichten von bis zu 16 Stunden am Stück etwas kompensieren.

einestages: Was waren die schlimmsten Momente in Ihrer Zeit als Ali?

Wallraff: Etwa, als wir in Doppelschichten bei Thyssen in enge Schächte geschickt wurden, um mit Pressluftgeräten die Anlage freizukriegen, die voll von giftigen Stäuben und Ölen war. Wir schluckten und rotzten, wurden ständig angetrieben. Trotz der Giftstäube erhielten wir weder Atemmasken noch Schutzkleidung.

einestages: Sie hatten keine Arbeitskleidung?

Wallraff: Nein. Wir bekamen auch keine Schutzhelme. Nachdem ich mir einen Helm gekauft hatte, sagte mir eines Morgens der Vorarbeiter: « Der deutsche Kollege hat seinen Helm vergessen. Du ihm Helm geben. » Als ich widersprach, befahl er: « Du ihm geben, sonst du entlassen auf der Stelle. »

einestages: Haben Sie sich je gefragt, ob es das noch wert ist?

Wallraff: Es war ein Selbstexperiment. Ich war dann der Türke Ali, und der konnte nicht einfach hinschmeißen. Außerdem hätte ich das als Feigheit und als Verrat an meinen Kollegen empfunden, die nicht einfach so aussteigen konnten.

einestages: Als « Ganz unten » erschien, kamen drei Druckereien nicht mit dem Nachdrucken hinterher, es gab Raubdrucke. Warum verkaufte sich das Buch so gut?

Wallraff: Es ist ein erfühltes, erlittenes Buch und gleichzeitig auch ein Sachbuch. Das, was den Ali ausmacht, ist ein Stück von mir. Ali steht im Spannungsfeld zwischen verschiedenen Kulturen, er träumt etwas vorweg, die Verständigung und Versöhnung unterschiedlicher Kulturen und Nationalitäten.

einestages: Die betroffenen Firmen waren sicher weniger versöhnlich gestimmt. Wie haben die reagiert?

Wallraff: Juristisch. Zunächst wurde ein kleiner Bauunternehmer vorgeschoben, aber der scheiterte, das Buch vom Markt zu klagen. Auch McDonald’s ging vor Gericht. Etlichen Kunden war der Appetit nach den Schilderungen in meinem Buch gehörig vergangen: Das Klo in der Filiale war verstopft, da wurdest du mit dem Schaber vom Royal-Grill zum Klo geschickt und musstest das wieder gängig machen. Und dann zurück zum Royal-Grill. McDonald’s hatte einen erheblichen Umsatzrückgang. Leider nicht, weil die Kunden sich über die miesen Arbeitsbedingungen empört haben, sondern wegen der mangelnden Hygiene. Das war ein Schlag in den Magen.

einestages: Hatte McDonald’s vor Gericht Erfolg?

Wallraff: Ich hatte über Annoncen Dutzende von neuen Zeugen gefunden und schon einen Bus gemietet, um die nach München zum Prozess zu bringen. Da befürchtete das McDonald’s-Management, mit der Klage zu scheitern, und zog sie zurück. Es hatte aber einen unerwarteten Effekt: « Ganz unten » ist in 38 Sprachen erschienen, zuletzt in Koreanisch, aber nie in den USA. Dort hatte ein Verlag eine Option, aber der wollte von Kiepenheuer & Witsch schadfrei gegen alle Klagen von McDonald’s gestellt werden. Das Risiko konnten wir nicht eingehen, da es in den USA schnell um Millionenbeträge geht.

einestages: Von Ihren Erlebnissen als Ali hatten Sie heimlich auch Videos aufgenommen. Dokumentarfilmer Jörg Gförer machte daraus einen Film, aber der wurde in der ARD nie gezeigt. Warum?

Wallraff: Bayern und die CDU-regierten Länder verhinderten die Ausstrahlung, selbst in den Dritten Programmen. Er lief nur im Regionalprogramm von Radio Bremen und im Kino – bis nach drei Monaten der Verleih so unter Druck gesetzt wurde, dass er den Film zurückzog. Das holländische Fernsehen sendete ihn mit deutschen Untertiteln, damit wenigstens die deutschen Grenzbewohner ihn zu sehen bekamen.

einestages: Was hat « Ganz unten » verändert?

Wallraff: Es hat unmittelbare Wirkung gehabt, zunächst an den Tatorten. Wir haben mit Kollegen bei Thyssen eine Protestaktion im Personalbüro durchgeführt und gefordert, dass die Leiharbeiter fest eingestellt werden. Das ist gelungen. Thyssen wurde zu einem Bußgeld von über einer Million Mark verurteilt. Es gab fortan keine Dauerschichten mehr, dafür Staubmasken und Schutzhelme sowie ein Dutzend neuer Sicherheitsingenieure.

einestages: Wie hat die Politik reagiert?

Wallraff: Nordrhein-Westfalens Sozialminister Hermann Heinemann hat sich mehrfach mit mir getroffen, eine Arbeitsgruppe ins Leben gerufen, intern die « Ali-Gruppe » genannt, ein mobiles Einsatzkommando, das Konzernen auf die Finger schaute. Und: Es gab eine enorme Hinwendung von Deutschen zu ihren türkischen Kollegen und Nachbarn.

einestages: Ließe sich heute mit einem neuen « Ganz unten » eine vergleichbare Wirkung erzielen? Oder sind die Menschen abgestumpft?

Wallraff: Wenn du Missstände sinnlich erfahrbar machen kannst, glaube ich schon. Jemand, der sich über zwei Jahre lang in die Welt der Billigjobs und der Ausbeutung begibt und das subjektiv aufschreibt, könnte eine ähnliche Wirkung erzielen. Eigentlich müsste alle paar Jahre so ein « Schwarzbuch » erscheinen, denn was seinerzeit die türkischen Arbeiter erlitten haben, betrifft heute die Arbeitsbedingungen zum Beispiel der Rumänen und Bulgaren – und demnächst wohl auch der neuen Flüchtlinge.

Zur Person

Der am 1. Oktober 1942 in Burscheid geborene Journalist Günter Wallraff gilt als Wegbereiter der Undercover-Reportage. Nach einer Ausbildung zum Buchhändler veröffentlichte Wallraff ab 1963 verschiedene verdeckt recherchierte Erlebnis- und Enthüllungsberichte aus der deutschen Arbeitswelt in Büchern wie den « Industriereportagen » (1963), « Der Aufmacher – Der Mann, der bei ‘Bild’ Hans Esser war » (1977) oder « Ganz unten » (1985). Für seine Reportagen nahm Wallraff regelmäßig falsche Identitäten an – etwa als Obdachloser, als Chemiefabrikant, als NPD-Spitzel oder, in « Ganz unten », als türkischstämmiger Arbeiter Ali. Seiner Vorgehensweise wurden im Schwedischen (« wallraffa ») und Norwegischen (« wallraffe ») eigene Verben gewidmet. Heute lebt und arbeitet Günter Wallraff in Köln.

 

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