Christine Nöstlinger : « Non, cela ne se peut pas »

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans la
Zeit online du 11 octobre 2015, éd. Autriche du 8 octobre 2015
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

Christine Nöstlinger : « Non, cela ne se peut pas »

Que la ville de Vienne vire politiquement au bleu est inimaginable pour Christine Nöstlinger. L’auteure retrace sa vie de pessimiste joyeuse et nous parle des enfants d’aujourd’hui.
Une interview de Florian Gasser et Maria Sterkl
(Cet entretien a été réalisé avant les élections au Landtag de Vienne, finalement remportées par le SPÖ (social-démocrate) en dépit les pronostics menaçants)

Die Zeit online du 11 octobre 2015, cet article provient de l’édition autrichienne du 8 octobre 2015.

Die Zeit : Lorsque nous avons tenté de prendre rendez-vous avec vous pour un entretien avant les élections à Vienne vous disiez que de toute manière ce serait difficile après parce que vous alliez vous pendre. S’il vous plaît, ne le faites pas. Mais pourquoi dites-vous cela ?

Christine Nöstlinger : Parce que je crains le pire. D’un côté, je me dis que ce serait possible que le FPÖ (parti nationaliste) obtienne la majorité des voix. D’un autre côté je pense : Non, cela ne se peut pas.

Zeit : Que craignez-vous ?

Nöstlinger : Pour moi, c’est inimaginable que Vienne ne soit plus une ville rouge. Je crains que dans ce cas tout ce qui est bon à Vienne se mette à disparaître. J’ai toujours pensé que la fange de cette société atteignait la cheville. Mais en fait elle arrive plutôt à la hauteur du mollet.

Zeit : Qu’entendez-vous par fange ?

Nöstlinger : Savez-vous quel genre de sottises les gens sont capables de raconter et de croire ? En faisant mes courses récemment, je me suis laissé raconter par quelqu’un que l’on met deux mille euros dans la main de chaque étranger. Ensuite lorsque je lui pose la question : D’où tenez-vous cette information, à quel endroit cela se passe-t-il comme cela, cette personne me répond : Cela se pratique secrètement. Je pourrais vous raconter des milliers d’histoires comme celle-ci. Imaginer que des gens élus par de telles personnes gouvernent une ville est pour moi une vision d’horreur.

Zeit : Il y a de nombreuses années de cela, vous avez dédié des poèmes aux « très pauvres gens ». Décririez-vous de telles personnes de façon différente aujourd’hui ?

Nöstlinger : Oui, évidemment. Il est plus facile de se procurer des vêtements, on peut plus aisément ressembler aux autres.

Zeit : Donc les pauvres vont mieux aujourd’hui ?

Nöstlinger : Ils vont différemment. La pauvreté est quelque chose de relatif, elle se mesure à l’aune de ce que les autres possèdent.

Zeit : Par quel parti les pauvres sont-ils le mieux représentés aujourd’hui ?

Nöstlinger : À mon avis par le SPÖ.

Zeit : Les très pauvres ont-ils également l’impression d’être le mieux représentés par le SPÖ ?

Nöstlinger : Non.

Zeit : Pourquoi non ?

Nöstlinger : Je suis désolée d’avoir l’air prétentieux, mais la plupart d’entre eux n’ont absolument aucune idée de la façon dont fonctionne le monde. Lorsque quelqu’un m’explique qu’il souhaite le retour du schilling parce qu’à l’époque tout était moins cher c’est qu’il ne comprend rien à l’économie. On ne peut pas discuter avec de telles personnes.

Zeit : Votez-vous toujours SPÖ ?

Nöstlinger : Évidemment. Je continue toutefois de rester toujours mécontente de lui, mais si le SPÖ était comme je le voudrais, c’est-à-dire beaucoup plus à gauche, il aurait encore moins d’électeurs.

Zeit : Quelle est pour vous la conquête le plus importante de la social-démocratie ?

Nöstlinger : Je me suis toujours mariée à contrecœur. Ça n’était pas pour moi. Mais j’y étais obligée parce qu’avant la réforme du droit de la famille en 1973, je ne pouvais pas faire autrement. Une ancienne camarade d’école a eu un enfant sans être mariée, elle était fonctionnaire, ayant fait des études, nonobstant, toutes les six semaines, l’assistante sociale passait pour vérifier comment allait l’enfant. Après la naissance de ma fille, si j’avais voulu prolonger le congé maternel de six semaines, je n’aurais pas eu droit à l’assurance maladie, car cela n’existait pas pour les concubines. En tant que femme marié par contre, j’avais besoin d’une autorisation de mon mari pour pouvoir aller travailler. S’il était allé voir mon supérieur en lui déclarant : « Je vous présente la démission de ma femme, elle ne s’occupe pas assez de son ménage », cela aurait été son bon droit. Tout cela a changé grâce au gouvernement Kreisky.

Société parallèle de Vienne

Zeit : Vous avez déploré le fait que les jeunes soient peu politisés.

Nöstlinger : Oui, mais je ne fais pas de reproches aux jeunes gens. Ils vivent dans un monde beaucoup plus difficile que nous ne l’avons connu. On nous dit que la formation protège du chômage. Ce n’est plus vrai depuis très longtemps. Je connais tant de jeunes gens qui passent d’un stage à un autre, puis qui se mettent finalement à leur compte d’une façon ou d’une autre, pratiquant l’auto-exploitation. Pour prendre l’exemple de mon métier : Le jeune qui commence à écrire de nos jours en bave certainement beaucoup plus maintenant que moi à l’époque.

Zeit : L’enthousiasme avec lequel les jeunes aident les refugiés ne représente-t-il pas une preuve contre la thèse de la jeunesse non-politisée ?

Nöstlinger : Là il faut attendre pour savoir si ce n’est pas seulement un engouement à la mode. Nous verrons.

Zeit : Cette propension à l’aide vous a-t-elle surprise ?

Nöstlinger : Ce n’est pas non plus une chose si extraordinairement merveilleuse. Ce n’est vraiment pas si difficile de donner un petit peu.

Zeit : Dans votre ville rouge de Vienne tant aimée, les hébergements pour d’autres sans-abri sont fermés en été. Le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache, n’a-t-il pas un peu raison en disant que les gens sont secourables pour les refugiés mais pas pour les sans-abri ?

Nöstlinger : Comme si Heinz-Christian Strache se souciait des sans-abri.

Zeit : Mais n’y a-t-il pas dans cette phrase un grain de vérité ?

Nöstlinger : Mon Dieu, un grain, oui. Mais tout dépend toujours comment on fait appel à la compassion dans les média. S’il y avait autant de publicité positive pour les sans-abri, les gens seraient également plus miséricordieux envers eux. S’y ajoute qu’un Autrichien touche un minimum social, le refugié non.

Zeit : Vous habitez dans le vingtième arrondissement de Vienne, ainsi que nous, c’est un quartier dans lequel sont installés beaucoup de migrants et où de plus en plus de jeunes diplômés de l’université s’établissent. Ces nouveaux arrivants s’attroupent pour la plupart d’entre eux dans les mêmes lieux, trois ou quatre en fait. Une société parallèle ?

Nöstlinger : Pour parler cyniquement : Nous habitons tout en haut. Je ne suis pas naïve : Évidemment il y a une société parallèle. Chez moi, dans l’immeuble, il y a des femmes incapables de prononcer une phrase en allemand alors que cela fait vingt-cinq ans qu’elles habitent ici.

Zeit : Êtes-vous en contact avec elles ?

Nöstlinger : Mais comment ? Peut-être un signe de tête amical. Tu peux vivre ici sans parler l’allemand. Il y a un supermarché turc et des restaurants turcs. Que les Autrichiens consommateurs bio et ceux issus de la migration soient assis ensemble sur les mêmes terrasses, ça n’existe pas.

Zeit : Donc, Heinz-Christian Strache a encore raison ?

Nöstlinger : Qu’il y ait l’existence d’une société parallèle ? Oui, là il a raison. Mais tout cela dépend des propositions qui ont été faites aux gens. En fin de compte, ça ne vient pas des familles : Au marché, on peut voir la grand’mère et la mère avec une chevelure ondoyante et la fille porte le foulard. Ce n’est même pas une question de religion. Les quelques filles religieuses, on les reconnait immédiatement, ce sont les farouches, celles qui portent les manteaux avec ces triples plis plats et les manches bouffantes, un pantalon long en-dessous avec une jupe par-dessus, ça ce sont les religieuses. Mais les autres, s’il vous plaît, elles font ça pour nous dire : Vous ne voulez pas de nous, donc nous aussi, on se fiche de vous. Chez beaucoup d’entre elles, le problème n’est pas de voiler quoi que ce soit et cela se voit chez certaines. En haut, tout est plein de tissu, puis en bas elles portent une veste en jeans très courte avec un pantalon taille basse et à l’arrière le dernier morceau du tatouage dépasse à la hauteur des reins.

Politiquement correct – avec des astérisques

Zeit : Que pensez-vous du politiquement correct ?

Nöstlinger : On a dit de moi que je serais capable de vendre ma propre grand’mère pour un bon gag. Je savoure le politiquement incorrect lorsqu’il est tourné contre quelque chose à laquelle je suis moi-même opposée. Lorsqu’il vise quelque chose que j’approuve, cela me plaît moins… mais c’est probablement pareil pour tout le monde.

Zeit : Si nous parlons politiquement incorrect, tout va bien, si c’est le FPÖ qui le fait c’est moche ?

Nöstlinger : Ce n’est pas moche. À dire vrai, je ne vois pas de raisons de qualifier les personnes à la peau noire de nègres si eux ne le souhaitent pas. Mais je ne vois pas de raison non plus de le modifier dans un livre écrit il y a quarante ans. Si c’est écrit dans un livre pour enfants, on peut rajouter un astérisque, puis mettre une note en bas : « À cette époque tel ou tel mot était… »

Zeit : Vos livres ont-ils une prétention d’éclairer le monde ?

Nöstlinger : Kurt Tucholsky disait : On ne peut pas changer le monde avec ses dix doigts sur une machine à écrire. Malgré tout, il y a une prétention. Quelque chose comme un dispositif incitant à être plus gentil, plus avenant, ressort de mes livres, tout au moins je voudrais l’espérer.

Zeit : Est-ce que ce serait un échec personnel pour vous si un enfant ayant grandi avec vos livres votait plus tard pour le FPÖ ?

Nöstlinger : Mes livres étaient largement répandus parmi les personnes qui ont la cinquantaine aujourd’hui … évidemment il y a parmi eux des électeurs du FPÖ. Je suis persuadée que l’être détermine la conscience. Tu ne peux pas modifier cela avec des livres.

Zeit : Quel est le pouvoir des livres alors ?

Nöstlinger : C’est cela qui a changé chez moi. Lorsque j’ai commencé à écrire à la fin des années soixante je pensais que les enfants allaient avoir une meilleure vie que les adultes, dans un monde meilleur, socialiste. C’est à ce moment-là que tu te mets à exiger davantage des enfants car tu crois qu’ils doivent devenir plus révoltés, qu’ils doivent se défendre, s’imposer. Lorsque tu perds la foi dans cet avenir, les livres auront une autre fonction. Astrid Lindgren me disait qu’elle écrivait pour consoler les enfants. J’ai répondu : Non, Astrid, ce n’est pas assez pour moi. Aujourd’hui j’en suis arrivée au même point. Je pense souvent que je n’ai pas manqué d’air à appeler ainsi les enfants à se défendre. J’espère qu’ils ne l’ont pas fait trop violemment. En effet, je les avais laissés seuls avec le livre, je ne pouvais pas les soutenir.

Zeit : Vous vous résignez ?

Nöstlinger : L’année prochaine je vais avoir quatre-vingts ans. Celui qui n’est pas résigné à cet âge devrait posséder un potentiel d’optimisme qui me paraît tout à fait étonnant.

Zeit : Une triste vision de la vie.

Nöstlinger : Même en étant résigné, on peut se sentir relativement bien.

Zeit : De quelle manière vous consolez-vous ?

Nöstlinger : Je n’ai pas besoin de consolation. Je suis une pessimiste enjouée. Mais la question à savoir comment tout cela doit continuer, ce désarroi total, m’inquiète.

Zeit : De quelle manière consolez-vous vos petits-enfants ?

Nöstlinger : Ma petite fille a vingt ans et revient tout juste d’Australie où elle a effectué pendant un an des basses besognes en tant que serveuse et femme de ménage. Mon petit fils a dix-huit ans et vise une carrière de footballeur professionnel chez Anderlecht… ils n’ont pas besoin de consolation. Ils ont des parents cultivés, gagnant à peu près bien leur vie et qui sont tellement libéraux que les pauvres enfants n’ont jamais eu la moindre raison de se révolter. Cela doit être terrible lorsque l’on ne peut pas du tout se frotter à ses ascendants. (Elle rit)

Zeit : Madame Nöstlinger, encore une question politique. Croyez-vous les Verts capables de représenter les personnes pauvres ?

Nöstlinger : Cela dépend de quels Verts vous parlez. Alexander Van der Bellen et Karl Öllinger, oui. En dehors de cela… ils me semblent tous très bourgeois. Surtout ceux qui font la pluie et le beau temps en ce moment. Peter Pilz est tout de même le lanceur d’alerte le plus pauvre au monde. Il n’arrête pas de révéler et n’aboutit jamais à rien. C’est un mystère pour moi.

Zeit : Vous n’auriez rien contre Alexander Van der Bellen comme président fédéral ?

Nöstlinger : Non, là je n’aurais rien contre.

Zeit : Pouvez-vous vous imaginer ne pas votre rouge pour la première fois de votre vie ?

Nöstlinger : Cela vaudrait le coup d’y réfléchir.

 

Dies ist der Originalartikel der in der
Zeit online vom 11. Oktober 2015,
Ausgabe Österreich vom 8.10. erschienen ist

Christine Nöstlinger: »Nein, das kann nicht sein »

Ein blaues Wien ist für Christine Nöstlinger unvorstellbar. Die Autorin über ihr Leben als heitere Pessimistin und die Kinder von heute.

Von Florian Gasser und Maria Sterkl

  1. Oktober 2015, DIE ZEIT online Nr. 41/2015 Dieser Artikel stammt aus der Österreich-Ausgabe der ZEIT Nr. 41 vom 08.10.2015

 

DIE ZEIT: Als wir um einen Gesprächstermin vor der Wien-Wahl baten, meinten Sie, danach sei es ohnehin schwierig, dann würden Sie sich nämlich aufhängen. Bitte tun Sie das nicht. Und warum sagen Sie so etwas?

Christine Nöstlinger: Weil ich das Ärgste befürchte. Einerseits sage ich mir, es wäre möglich, dass die FPÖ die meisten Stimmen bekommt. Andererseits denke ich mir: Nein, das kann nicht sein.

ZEIT: Was befürchten Sie?

Nöstlinger: Für mich ist es unvorstellbar, dass Wien nicht mehr rot ist. Ich befürchte, dass sonst alles weggeht, was in Wien gut ist. Ich habe immer geglaubt, der Bodensatz der Gesellschaft sei knöchelhoch. Aber er ist eher wadelhoch.

ZEIT: Was verstehen Sie unter Bodensatz?

Nöstlinger: Wissen Sie, was die Leute für Unsinn reden und auch noch glauben? Beim Einkaufen erzählt mir wer, jeder Ausländer bekomme 2000 Euro in die Hand gedrückt. Wenn ich dann frage: Woher wissen’S das, wo passiert das, antwortet der: Das läuft geheim ab. Von solchen Geschichten könnte ich Tausende erzählen. Die Vorstellung, dass Leute, die von solchen Menschen gewählt werden, eine Stadt regieren, ist eine Horrorvision.

ZEIT: Sie haben vor vielen Jahren den « ganz armen Leut » Gedichte gewidmet. Würden Sie diese Menschen heute anders beschreiben?

Nöstlinger: Ja, natürlich. Kleidung ist leichter zu kriegen, es ist leichter, dass du ausschaust wie die anderen.

ZEIT: Also geht es den Armen heute besser?

Nöstlinger: Es geht ihnen anders. Armut ist etwas Relatives, gemessen an dem, was die anderen haben.

ZEIT: Von welcher Partei werden die Armen heute am besten vertreten?

Nöstlinger: Meiner Ansicht nach von der SPÖ.

ZEIT: Und fühlen die ganz Armen von der SPÖ auch am besten vertreten?

Nöstlinger: Nein.

ZEIT: Warum nicht?

Nöstlinger: Tut mir leid, wenn ich hochnäsig rede, aber die meisten haben keine Vorstellung, wie es auf der Welt zugeht. Wenn mir jemand erklärt, er wolle zum Schilling zurück, weil damals alles billiger war, dann versteht er von Wirtschaft nichts. Mit dem kannst du nicht diskutieren.

ZEIT: Wählen Sie noch immer SPÖ?

Nöstlinger: Natürlich. Ich bin zwar immer vergrämt auf sie, aber wenn die SPÖ so wäre, wie ich sie haben will, nämlich viel linker, dann hätte sie noch weniger Wähler.

ZEIT: Was ist für Sie die wichtigste Errungenschaft der Sozialdemokratie?

Nöstlinger: Ich habe immer ungern geheiratet. Das war nichts für mich. Aber ich musste, weil es vor der Familienrechtsreform 1973 nicht anders gegangen wäre. Eine Schulkollegin hat ledig ein Kind bekommen, die hatte studiert, war Beamtin, und alle sechs Wochen kam die Fürsorge vorbei, um nachzuschauen, wie es dem Kind geht. Wenn ich mehr als sechs Wochen nach der Geburt meiner Tochter hätte daheimbleiben wollen, hätte ich keine Krankenversicherung gehabt, das gab es für Lebensgefährtinnen nicht. Und als Verheiratete habe ich zum Arbeiten vom Mann eine Einwilligung gebraucht. Wäre er zu meinem Chef gegangen und hätte gesagt: « Ich kündige meine Frau, sie versorgt daheim den Haushalt nicht mehr », wäre das sein Recht gewesen. Das hat sich durch die Kreisky-Regierung geändert.

Wiener Parallelgesellschaft

ZEIT: Sie haben einmal moniert, dass die Jungen heute unpolitisch seien.

Nöstlinger: Ja, aber ich mache den jungen Leuten keinen Vorwurf. Die leben in einer Welt, in der sie es viel schwieriger haben als wir. Man sagt, Bildung schütze davor, keinen Job zu haben. Das stimmt schon längst nicht mehr. Ich kenne so viele junge Menschen, die von Praktikum zu Praktikum gehen, sich irgendwie selbstständig machen und Selbstausbeutung betreiben. Um meinen Beruf zu nehmen: Wenn heute wer zum Schreiben anfangt, der hat’s wohl wesentlich schwerer als ich.

ZEIT: Ist die Hilfsbereitschaft gegenüber Flüchtlingen nicht ein Beweis gegen die These der unpolitischen Jugend?

Nöstlinger: Da muss man abwarten, ob das nicht nur einer dieser Hypes ist. Das werden wir sehen.

ZEIT: Hat Sie die Hilfsbereitschaft überrascht?

Nöstlinger: Das ist ja nicht so eine wahnsinnig tolle Sache. Ein bisschen etwas abzugeben ist nicht schwierig.

ZEIT: In Ihrem geliebten roten Wien werden im Sommer Herbergen für andere Obdachlose zugesperrt. Hat FPÖ-Chef Strache nicht ein wenig recht damit, wenn er sagt, für die Flüchtlinge seien die Leute hilfsbereit, aber für die Obdachlosen nicht?

Nöstlinger: Als ob sich Strache um Obdachlose scheren würde.

ZEIT: Aber steckt in der Aussage nicht ein Körnchen Wahrheit?

Nöstlinger: Mein Gott, ein Körnchen, ja. Aber es kommt immer darauf an, wie man in den Medien zu Mitgefühl aufruft. Wenn so viel positive Werbung für Obdachlose gemacht würde, dann wären die Leute auch mildtätiger. Dazu kommt, dass der Österreicher die Mindestsicherung bekommt, der Flüchtling nicht.

ZEIT: Sie und auch wir beide wohnen im 20. Bezirk in Wien, einer Gegend mit vielen Migranten, in der sich zunehmend ein junges akademisches Publikum ansiedelt. Diese Neuzuzügler rotten sich meist in denselben drei, vier Lokalen zusammen. Eine Parallelgesellschaft?

Nöstlinger: Zynisch gesagt: Wir wohnen im Dachgeschoss. Ich sehe das nicht blauäugig: Klar gibt es eine Parallelgesellschaft. Bei mir im Haus wohnen Frauen, die keinen deutschen Satz sagen können, obwohl sie seit 25 Jahren hier leben.

ZEIT: Haben Sie Kontakt mit ihnen?

Nöstlinger: Ja wie denn? Vielleicht ein freundliches Nicken. Du kannst hier leben, ohne Deutsch zu können. Es gibt einen türkischen Supermarkt und türkische Lokale. Dass sich Bio-Österreicher und die mit Migrationswurzeln in einem Schanigarten vermischen, das gibt es nicht.

ZEIT: Dann hat Strache schon wieder recht?

Nöstlinger: Dass es eine Parallelgesellschaft gibt? Ja, da hat er recht. Aber das hängt mit den Angeboten zusammen, die man den Menschen gemacht hat. Das kommt ja nicht von den Familien: Am Markt sieht man Großmutter und Mutter mit wallendem Haar, und die Tochter trägt Kopftuch. Das ist auch nichts Religiöses. Die paar religiösen Mädchen, die erkennt man sofort, das sind die Verhuschten, die mit den Mänteln, die so drei Quetschfalten haben und Puffärmel, darunter eine lange Hose und darüber einen Rock, das sind die Religiösen. Aber die anderen, bitte schön, die betreiben das, um zu sagen: Ihr wollt uns nicht, also pfeifen wir auch auf euch. Es geht vielen auch gar nicht ums Verhüllen, das siehst du manchen wirklich an. Oben haben sie alles voll Stoff, dann tragen sie eine kurze Jeansjacke, eine Hüfthose, und hinten schaut noch das letzte End vom Arschgeweih raus.

Politisch korrekt – mit Sternchen

ZEIT: Was halten Sie von politischer Korrektheit?

Nöstlinger: Über mich wurde gesagt, dass ich für eine gute Pointe die Großmutter verkaufe. Ich genieße die politische Unkorrektheit, wenn es gegen das geht, wogegen ich auch bin. Wenn es gegen das geht, wofür ich bin, gefällt es mir weniger – das geht vermutlich allen so.

ZEIT: Wenn wir unkorrekt sprechen, ist es in Ordnung, bei der FPÖ ist es böse?

Nöstlinger: Böse ist es nicht. Ich sehe allerdings keinen Grund, warum ich zu schwarzhäutigen Menschen Neger sagen soll, wenn sie es nicht wollen. Aber ich sehe auch nicht ein, warum es in einem Buch geändert werden soll, das 40 Jahre alt ist. Wenn es in einem Kinderbuch steht, kann man ein Sternderl machen und unten hinschreiben: « Damals war das Wort soundso … ».

ZEIT: Haben Ihre Bücher einen aufklärerischen Anspruch?

Nöstlinger: Tucholsky hat gesagt: Mit zehn Fingern auf der Schreibmaschine lässt sich die Welt nicht verändern. Einen Anspruch hat man trotzdem. Und so etwas wie flankierende Maßnahmen zum Netter- und Freundlichersein schauen aus meinen Büchern schon raus, tät ich hoffen.

ZEIT: Wäre es eine persönliche Niederlage, würde ein Kind, das mit Ihren Büchern aufgewachsen ist, später FPÖ wählen?

Nöstlinger: Unter den heutigen 50-Jährigen waren meine Bücher weit verbreitet – natürlich sind darunter FPÖ-Wähler. Ich glaube daran, dass das Sein das Bewusstsein bestimmt. Das kannst du mit Büchern nicht ändern.

ZEIT: Was können Bücher dann bewirken?

Nöstlinger: Das hat sich bei mir geändert. Als ich Ende der sechziger Jahre zu schreiben begonnen habe, dachte ich, die Kinder werden ein besseres Leben haben als die Erwachsenen, in einer besseren, sozialistischen Welt. Und dann mutest du Kindern mehr zu, weil du denkst, die müssen aufmüpfiger werden, sich wehren und durchsetzen. Wenn du den Glauben an diese Zukunft verlierst, dann bekommen die Bücher auch eine andere Funktion. Astrid Lindgren hat zu mir gesagt, sie schreibe als Trost für Kinder. Ich hab geantwortet: Na, Astrid, das ist mir zu wenig. Heute bin ich auch so weit. Ich denke mir oft, dass es unverfroren von mir war, Kinder dazu aufzurufen, sich zu wehren. Ich hoffe, sie taten es nicht zu heftig. Ich habe sie ja mit dem Buch alleine gelassen, ich konnte sie nicht unterstützen!

ZEIT: Sie resignieren?

Nöstlinger: Nächstes Jahr werde ich 80. Wer da nicht resigniert ist, muss ein Potenzial an Optimismus haben, das mir höchst erstaunlich erscheint.

ZEIT: Ein trauriges Bild vom Leben.

Nöstlinger: Man kann sich auch resigniert relativ wohlfühlen.

ZEIT: Wie trösten Sie sich?

Nöstlinger: Ich brauche keinen Trost. Ich bin ein heiterer Pessimist. Aber die Frage, wie es weitergehen soll, diese völlige Ratlosigkeit, beunruhigt mich.

ZEIT: Wie trösten Sie Ihre Enkel?

Nöstlinger: Meine Enkeltochter ist 20 Jahre alt und gerade aus Australien zurückgekehrt, wo sie ein Jahr lang niedere Frondienste tat, beim Servieren und Häuslputzen. Mein Enkelsohn ist 18 und strebt eine Karriere bei Anderlecht als Profifußballer an – die braucht man nicht zu trösten. Die haben gebildete, halbwegs wohlverdienende Eltern, die so liberal sind, dass die armen Kinder nie einen Grund zum Aufmucken hatten. Das muss schrecklich sein, wenn du dich nicht abarbeiten kannst an den Vorvorderen. (lacht)

ZEIT: Frau Nöstlinger, noch einmal zur Politik. Trauen Sie den Grünen zu, arme Menschen zu vertreten?

Nöstlinger: Kommt darauf an, welche Grünen. Alexander Van der Bellen und Karl Öllinger schon. Ansonsten … mir kommen die sehr bürgerlich vor. Vor allem die, die jetzt das Sagen haben. Peter Pilz ist ja auch der ärmste Aufdecker der Welt. Der deckt pausenlos auf, und nie wird was draus. Das ist mir ein Rätsel.

ZEIT: Gegen Alexander Van der Bellen als Bundespräsident hätten Sie nichts?

Nöstlinger: Nein, da hätte ich nichts dagegen.

ZEIT: Da könnten Sie sich vorstellen, das erste Mal in Ihrem Leben nicht Rot zu wählen?

Nöstlinger: Es wäre eine Überlegung wert.

 

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