La famille Mann : Contre le vent des national-socialistes

Le texte ci-dessous est une traduction d'un article paru dans la
Frankfurter Allgemeine Zeitung online du 25 septembre 2015
Vous trouverez le texte original en allemand à la fin de cet article.

La famille Mann : Contre le vent des national-socialistes

Un article de Tilmann Lahme
Frankfurter Allgemeine Zeitung online du 25 septembre 2015

Unis contre le national-socialisme : En 1937, les huit membres de la famille Mann sont disséminés dans le monde entier… mais leur cohésion intérieure reste intacte. Extrait d’une histoire de famille.
Le cadet de la famille Mann, Michael, âgé de dix-sept ans, vit depuis janvier à l’hôtel Français à Paris. Il venait d’obtenir son diplôme d’enseignant de violon au conservatoire de Zurich. Mais s’étant par la suite battu avec le directeur de l’école de musique lors d’une dispute, il mit ses parents dans l’obligation de lui trouver un nouveau lieu de formation loin de Zurich, la patrie d’exil de la famille. À Paris, c’est le pédagogue de violon Jean Galamian qui sera son professeur et ce au prix de soixante-quinze francs de l’heure, tarif réduit « eu égard au papa célèbre ».
Thomas Mann se sent libéré. Sa situation politique est enfin clarifiée, un « pas chanceux ». Sa « lettre au doyen de l’université de Bonn », son refus foudroyant du régime d’Hitler, est traduit dans de nombreuses langues rencontrant un large écho. Après des années de silence et grâce à ce manifeste, il se positionne ainsi à la tête de l’émigration littéraire. Thomas Mann ne veut pas se ranger au côté de tous les autres adversaires d’Hitler en exil tels Heinrich Mann, Lion Feuchtwanger ou Leopold Schwarzschild. Il insiste sur sa propre position, ainsi, en 1937, s’offre à lui un forum, une revue qu’il édite lui-même. Elle sera moins consacrée au combat politique concret qu’au « rétablissement » de valeurs intemporelles, écrit Thomas Mann dans le premier numéro de « Mass und Wert » (Mesure et valeur). Un titre affreux, estime Klaus Mann. Dans ce cas, il aurait pu l’appeler également « Une revue véritablement bonne ». Il est déçu et en colère. Le père ne l’avait pas impliqué lors de la conception et avait encore moins envisagé de nommer son fils, ayant pourtant une bonne expérience dans les périodiques, comme rédacteur en chef. Ainsi il décrit dans son journal comment il ressent « encore une fois très fortement et non sans amertume la distance totale » du père « vis-à-vis de moi ».

La nouvelle estime du père

En lieu et place, c’est Golo Mann qui sera de plus en plus l’interlocuteur privilégié ainsi que l’assistant de Thomas Mann à cette époque. Il se fait complimenter pour son « caractère sympathique et honnête », pour ses rédactions « intelligentes », ses réflexions politiques. Il conçoit des textes pour son père, conseille, abrège et recopie. L’aversion du père contre le garçon, son indifférence face au jeune étudiant s’est transformée en respect amical voire en sympathie pour le « gentil Golo »… ce changement est enregistré avec gratitude par le fils admirant tant son père et se démenant depuis des années afin d’obtenir sa faveur.

Un talent d’agitatrice politique

New York, Madison Square Garden, le 15 mars 1937. La première manifestation massive contre Hitler aux États-Unis, organisée par le Congrès Mondial Juif. Erika Mann doit prononcer un discours, en tant qu’actrice émigrée allemande et fille de Thomas Mann. Devant vingt-trois mille personnes, elle lit un message de salutation de la part de son père et décrit ensuite, comme seule intervenante féminine, pendant quelques minutes le rôle de la femme dans le national-socialisme, avant même la prise de parole du maire de New York et d’autres hommes célèbres. C’est surtout grâce aux femmes qu’Hitler serait arrivé au pouvoir, les femmes ayant voté pour son parti, passionnées par les uniformes fringants des nazis ainsi que du charme moustachu du « Führer ». Maintenant elles seraient en train de faire l’expérience douloureuse de leur grande imprudence, reléguées dans leur foyer comme elles le sont alors. Concrètement, peu de faits sont corrects ici : en effet, les femmes ont moins voté pour le NSDAP que la moyenne des Allemands. Mais à ce moment précis, le but d’Erika Mann n’est pas la vérité historique. Elle essaie de conquérir d’autres personnes pour sa lutte contre le « Troisième Reich » de manière anecdotique, charmante, débordante d’énergie. Les applaudissements sont complaisants, la presse parle d’une oratrice sympathique et convaincante grâce à ses arguments simples. C’est dans ce stade new-yorkais, qu’Erika Mann découvre son propre talent d’agitatrice politique.
Elisabeth Mann, âgée de dix-neuf ans, se prépare à passer son diplôme d’enseignante de piano au conservatoire de Zurich. Au mois de mai, elle doit transférer la voiture de sa sœur Erika à Amsterdam. Elle y reste quelques jours, habitant la pension dans laquelle vit également Fritz Landshoff. L’éditeur de dix-sept ans son aîné et dont elle est amoureuse depuis des années est le véritable but de son voyage. Plus tard, elle racontera que son père avait essayé d’entamer une conversation d’éducation sexuelle avec elle avant son départ pour ce voyage, « mais il s’est arrêté rapidement en disant : Bah, rien. Porte-toi bien. » Pour les plus jeunes, c’est la même chose qu’avec les grands frères et sœurs : les parents font confiance au fait que les enfants découvrent eux-mêmes ce qu’il y a de plus important dans la vie. Même sans les conseils paternels, Elisabeth Mann prend l’initiative et avoue un soir son amour à Fritz Landshoff. Sa réaction est remplie de tact, il lui explique néanmoins clairement que cet amour est voué à l’échec. Il aime sa sœur Erika.
Les relations de la famille Mann avec l’Allemagne sont en train de se rompre progressivement : il y a d’une part la distance intérieure grandissante entre le Reich et l’exil et d’autre part l’idée du contrôle postal découvrant également ces lettres. Le premier mai, Golo Mann envoie un courrier auquel il joint une photo de passeport récente à son dernier contact postal en Allemagne, Lise Bauer. Au dos de la photo il a noté quelques mots destinés davantage au censeur qu’à son amie : « G.M., né le 27 mars 1909. Métis de races typique et sous-homme. Probablement influence négroïde. Fils du tristement célèbre gribouilleur de romans Th.M. ».

Voitures de sport et consommation de drogues

Une lettre de félicitations pour le soixante-deuxième anniversaire du père arrive de la part de Michael Mann. Il aurait une vie agréable à Paris, ses études de musique avançant bien, « qui sait, peut-être deviendrai- je l’honneur de la famille, finalement ! » Pour son dix-huitième anniversaire les parents ont promis une voiture à Michael. Il pourra, lorsqu’il aura passé son permis, s’acheter une voiture d’occasion convenable avec l’aide d’un ami à Paris. Un peu plus tard : Michael n’a pas encore passé son permis, n’a pas fait appel au concours de cet ami, mais il a acheté une voiture d’occasion… une voiture de sport de la marque Bugatti.
Klaus Mann a progressivement augmenté sa consommation de drogues pendant les premières années de l’exil, héroïne, morphine, oxycodone, il prend ce qu’il peut trouver. Sa vie balance entre extase et symptômes de désintoxication, ses cuisses sont couvertes d’inflammations chroniques provoquées par les traces des piqûres, il est souvent sujet à des vomissements, des troubles circulatoires et des crises de transpiration excessive. Lors d’un voyage de conférences à Budapest, il s’effondre. Fin mai, il se fait interner dans une clinique de désintoxication. Cela ne s’avère utile que pendant un court moment. Klaus Mann n’arrivera jamais à abandonner les drogues durablement, ne le désirant pas réellement.
Thomas Mann a interrompu le travail sur son roman « Joseph » afin d’écrire une nouvelle sur Goethe qu’il avait déjà eu l’intention de rédiger depuis longtemps. « Charlotte à Weimar » finit par devenir un roman. Goethe lui-même n’apparaît qu’au septième chapitre, jusqu’à ce moment-là, il est seulement question de lui, il est dépeint au lecteur sous différentes perspectives. L’une d’entre elles est celle du fils, Auguste. La source la plus importante de Thomas Mann pour cette œuvre est « Le fils de Goethe » de Wilhelm Bode, la biographie du fils en tant « qu’histoire d’un personnage secondaire », comme l’exprime Bode. Le fils d’un génie : sujet intéressant.
Cependant, la Bugatti coûte « beaucoup plus cher qu’autorisé » comme l’écrit Michael Mann aux siens. Rien que pour réparer l’installation électrique il a besoin de sept cents francs. Le technicien serait au contraire ravi du moteur, « je crois que ça n’était pas un si mauvais achat. »
Les lettres de Golo Mann de l’été 1937 affichent de nouveau un ton optimiste après toutes ces années sombres qui viennent de s’écouler. La nouvelle approbation par le père, quelques amis à Zurich, l’idée d’un livre (dont le sujet en est l’adversaire de Napoléon, Friedrich von Gentz) ne suffisent pas à eux seuls à expliquer sa bonne humeur. Golo Mann est amoureux. Ce qui est encore plus important, c’est que son amour est comblé. Le journaliste suisse, Manuel Gasser, érudit, charmant, vivant son homosexualité publiquement, sera son premier amant. Cela ne durera pas longtemps. Manuel Gasser est un homme d’aventures. Mais c’est suffisant pour libérer Golo Mann, vingt-huit ans, de ses complexes. Gasser l’intègre dans le milieu homosexuel de Zurich, il restera son ami le plus proche pour toute la vie et c’est également la seule et unique personne à qui Golo Mann se confiera au sujet de sa vie amoureuse, l’affaire des « petite Claire et petite Grete », comme ils disent.

Le nouveau est fatigant, mais riche

Au mois d’août, devant la presse à New York, Erika Mann proclame en tant que « fille de… » qu’elle aspire à l’obtention de la nationalité américaine. Elle vit avec son ami, le médecin et poète Martin Gumpert à l’hôtel Bedford. Elle veut donner des conférences et écrire un livre sur l’éducation pendant le national-socialisme. Sa situation financière est difficile, son train de vie ambitieux, les dépenses élevées. Mais elle ne quémande pas d’argent à sa mère. « Un nouvel amoureux, de soixante-deux ans, finit par me procurer l’argent », écrit-elle à son frère Klaus, « maintenant, il colle à mes jambes, c’est une corvée en même temps qu’une calamité. » Le nouveau, Jim Rosenberg, serait très fatigant écrit-elle à sa mère qu’elle met la plupart du temps dans une certaine confidence de ces choses. Mais elle ne voudrait pas se « brouiller » avec lui, il serait « trop riche » pour cela. Martin Gumpert observe, affecté.

Katia Mann observe la vie de ses enfants, elle aide, conseille, intervient. Avec sa fille Monika, elle a fait de même, insistant en vain sur des ambitions modestes, sur une activité orientée côté pratique. Maintenant, la mère ne voit plus qu’une seule issue pour régler le « problème Moni » : le mariage. Depuis peu, Moni a un admirateur, un historien d’art hongrois : Jenö Lányi. Mais elle le fait lanterner. Ce qui pose davantage de problèmes à Katia Mann qu’au prétendant de sa fille : « C’est tout de même très embêtant que Moni ne donne pas son consentement à Lányi ! » Klaus Mann est le destinataire de ce chagrin maternel. En lieu et place, Monika aurait envoyé pour son anniversaire à son grand-père à Munich une « lettre illicitement fantaisiste », le qualifiant de « son meilleur souvenir d’enfance. Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Michael Mann écrit de son « bannissement » à Paris. Il aurait besoin d’argent. Il se serait acheté un chien, Billi. « C’est un petit animal brunâtre, adorable, âgé de cinq mois, il a quelque chose du teckel, mais aussi encore un certain nombre d’autres aspects indéfinissables. Il m’obéit déjà au doigt et à l’œil et ne fait presque plus ses besoins dans la chambre. »

La légende de la famille résistante

En automne, Klaus Mann a fait un voyage aux États-Unis voulant placer un de ses livres à Hollywood. Mais il a plus de succès avec une conférence sur sa propre famille qu’il donne maintenant partout où on le paie, que ce soit devant une communauté juive, des associations de femmes de la campagne ou alors des étudiants de College. Le sujet en est son célèbre père, c’est le sujet qui intéresse les Américains, mais Klaus Mann parle aussi de lui-même, ainsi que de ses propres romans, de la lutte contre les nazis, de la fuite d’Allemagne, de l’oncle Heinrich, du grand-père juif et de tous les autres. Il souligne le « mélange du sang » dans la famille et l’oppose au culte délirant des nazis de la « pureté de la race ». « Parfois, je m’amuse à m’imaginer quels genres d’hommes nous serions devenus si mon père avait épousé une fille de patriciens de Hambourg, une arienne pure, au lieu de la femme qui est heureusement devenue notre mère. Pour vous l’avouer franchement : Cette supposition ne me paraît pas très réjouissante. Je crains que nous ne soyons devenus des choses ennuyeuses, exsangues. » Cette conférence relate pour la première fois l’histoire de cette famille qui s’est mise en travers du chemin d’Hitler, y compris toutes les mystifications et légendes pour lesquelles lui et sa sœur Erika possèdent un si grand talent, cette histoire étonnante, un peu démesurée, fausse dans beaucoup de détails, mais en quelque sorte aussi la vraie histoire de la « famille contre la dictature ».
Les lettres de Michael Mann à sa mère proviennent maintenant de l’hôtel parisien de l’Europe. Il n’a pas pu rester dans son ancien hôtel à cause du chien. Maintenant Billi a attrapé une maladie virale, la maladie de Carré. Il est très déconcerté par le ton « sévère et virulent » dans lequel sa mère lui a répondu. Il ne comprendrait pas vraiment ce qu’elle lui reprochait. L’histoire de ses dettes ? Ou celle de la voiture de sport ? « Tu es irritée contre moi, parce que tu as été faible avec moi, et que je me suis montré bien indigne de ta faiblesse comme tu le laisses entendre : écoute-moi bien : crois-tu vraiment que tes faiblesses vis-à-vis de moi me soient à proprement parler agréables dans le fond ? » Il ne voudrait pas l’offenser, mais une chose était claire, c’est que « c’est en grande partie de ta propre faute ».

Il se force à l’optimisme

Thomas Mann s’est fait persuader d’entreprendre un nouveau voyage aux États-Unis, au mois de février suivant. Il a programmé une tournée de conférences sur le thème de : la démocratie aujourd’hui. Normalement, il n’avait plus eu l’intention de se prêter à ce genre de « service de préambule », ne voulant plus s’occuper de politique. Il aspire à opérer un retour vers l’essentiel, son œuvre. La conférence lui en coûte, surtout parce qu’il a la nette impression d’une attitude assouplie des démocraties européennes face aux états fascistes. « Idéalisme démocratique ? Est-ce que j’y crois ? N’est-ce pas que je m’y plie comme si je jouais un rôle ? » Il se force à la détermination, à l’optimisme. Il donne le titre suivant à sa conférence américaine : « De la victoire imminente de la démocratie ».
La dernière lettre de l’année en provenance de Paris : le chien Billi a recouvré la santé. Nonobstant, Michael Mann a besoin d’argent, écrit-il à sa mère, les notes du vétérinaire puis généralement tout serait si « odieusement » cher. Il se devait quand même de sauver son chien, alors « j’ai de nouveau dû m’endetter un peu ».

Une année remplie d’amour

1937 : une année pas spécialement spectaculaire si on l’observe dans ses grandes dimensions. Pas d’événements politiques majeurs, pas de nouveau roman, même Klaus Mann n’a rien terminé, ayant seulement deux cures de désintoxication derrière lui, puis il replonge rapidement dans les drogues. Une année productive en ce qui concerne Thomas Mann, le roman sur Goethe avance bien. Une année plutôt privée, une année d’amour : Golo Mann rencontre son premier ami, Michael se lie avec Gret Moser, Klaus avec son « Tomski », Monika se fiance avec Jenö Lányi, Erika est entourée d’admiration de la part d’hommes qui veulent l’épouser, c’est Elisabeth qui est la seule malheureuse.

Il a tué son chien

C’est aussi l’année de Michael Mann, sa première année loin des siens. On ne trouve aucune allusion concernant toutes ses aventures parisiennes dans le journal de son père, Thomas Mann note seulement que son professeur lui a vivement réclamé une autre tenue de l’archet. Toutes ces informations sont tenues à l’écart de son mari par la mère ainsi que toutes les tracasseries qu’il n’a pas absolument besoin de savoir. Même en exil, elle essaie de lui procurer du calme pour son travail tant qu’elle peut, s’occupant vaillamment toute seule des petites et grandes catastrophes familiales, tantôt de manière envahissante, tantôt avec souplesse, avec esprit ou une dérision couvrant fréquemment les inquiétudes maternelles. Au printemps, Klaus Mann s’est aperçu que tout cela n’est pas passé sans laisser de traces chez cette mère : « La pauvre chère Mielein a l’air terriblement exténuée, fatiguée, surmenée. Trop de choses pèsent sur elle… »
Comme si cette année-là avait encore besoin d’une finale : Au mois de décembre, Michael Mann tombe gravement malade, une méningite qui l’oblige à s’aliter pendant des semaines. À peine en est-il guéri, qu’une autre affaire épouvantable advient, il l’avoue lors d’une crise de larmes à table : Michael Mann s’est saoulé la veille, puis, à l’aube, a tué son chien Billi. Personne ne sait pourquoi. Une « histoire préoccupante » dont le père est également au courant.

 

Die Familie Mann: Im Gegenwind der Nationalsozialisten

FAZ 25.09.2015,
von TILMANN LAHME

Vereint gegen den Nationalsozialismus: Im Jahr 1937 sind die acht Mitglieder der Familie Mann in der ganzen Welt verstreut – doch im Inneren ist der Zusammenhalt intakt. Ein Auszug aus einer Familiengeschichte.

Der Jüngste der Familie Mann, der siebzehnjährige Michael, lebt seit Januar 1937 im Hotel Français in Paris. Sein Lehrdiplom für Geige hat er noch am Konservatorium in Zürich absolviert. Dann aber hat er den Direktor der Musikschule im Streit geschlagen, und die Eltern mussten für den Sohn einen neuen Ausbildungsort fern von der Züricher Exilheimat der Familie finden. Der Violinpädagoge Jean Galamian wird in Paris sein Lehrer, zum reduzierten Preis von 75 Francs die Stunde, „in Anbetracht des berühmten Papas“.

Thomas Mann fühlt sich befreit. Seine politische Lage ist endlich geklärt, ein „beglückender Schritt“. Der „Bonner Brief“, seine fulminante Absage an das Hitler-Regime, wird in zahlreiche Sprachen übersetzt und findet große Resonanz. Nach Jahren des Schweigens stellt er sich mit diesem Manifest an die Spitze der literarischen Emigration. Einreihen neben all den anderen Hitler-Gegnern im Exil, Heinrich Mann, Lion Feuchtwanger oder Leopold Schwarzschild, will Thomas Mann sich nicht. Er besteht auf seine eigene Position, und es bietet sich im Jahr 1937 ein Forum, eine Zeitschrift, die er herausgibt. Sie werde sich weniger dem konkreten politischen Kampf, sondern der „Wiederherstellung“ überzeitlicher Werte widmen, schreibt Thomas Mann in der ersten Ausgabe von „Maß und Wert“. Ein schrecklicher Titel, findet Klaus Mann. Dann hätte man sie ja gleich „Eine wirklich gute Zeitschrift“ nennen können. Er ist wütend und enttäuscht. Der Vater hat ihn bei der Planung nicht einbezogen und schon gar nicht überlegt, ihn, den zeitschriftenerfahrenen Sohn, zum Redakteur zu machen. Er empfinde „wieder sehr stark, und nicht ohne Bitterkeit“ des Vaters „völlige Kälte, mir gegenüber“, schreibt er in sein Tagebuch.

Talent als politische Agitatorin

Stattdessen wird Golo Mann in dieser Zeit mehr und mehr zum Ansprechpartner und Assistenten Thomas Manns. Sein „sympathischer, biederer Charakter“ wird gelobt, seine „gescheiten“ Aufsätze, seine politischen Überlegungen. Er entwirft Texte für den Vater, berät, kürzt, tippt ab. Aus der Abneigung gegen den Jungen, der Gleichgültigkeit dem jungen Studenten gegenüber ist nun freundlicher Respekt, ist Sympathie für den „braven Golo“ geworden – vom Sohn, der den Vater so sehr verehrt und seit Jahren um seine Gunst ringt, dankbar verzeichnet.

Madison Square Garden, New York, 15. März 1937. Die erste Massenkundgebung gegen Hitler in Amerika, organisiert vom Jüdischen Weltkongress. Erika Mann soll eine Rede halten, als emigrierte deutsche Schauspielerin und als Tochter Thomas Manns. Vor 23000 Menschen verliest sie eine Grußbotschaft des Vaters und spricht dann, als einzige Rednerin, bevor der Bürgermeister von New York und andere prominente Männer zu Wort kommen, einige Minuten über die Rolle der Frau im Nationalsozialismus. Gerade die Frauen hätten Hitler zur Macht verholfen und seine Partei gewählt, begeistert von den schneidigen Uniformen der Nazis und vom Schnurrbärtchen-Charme des „Führers“. Aber jetzt müssten sie erleben, wie sie getäuscht worden seien, wie sie in die Familie zurückgedrängt würden. Sachlich stimmt hier wenig: Frauen wählten die NSDAP eher unterdurchschnittlich. Es geht Erika Mann nicht um die historische Wahrheit. Sie versucht, andere für ihren Kampf gegen das „Dritte Reich“ zu gewinnen, anekdotisch, charmant, voller Tatendrang. Der Beifall ist freundlich, die Presse berichtet über die sympathische und mit ihren schlichten Argumenten überzeugende Rednerin. Erika Mann entdeckt im New Yorker Stadion ihr Talent als politische Agitatorin.

Sportwagen und Drogenkonsum

Am Konservatorium in Zürich bereitet sich die neunzehnjährige Elisabeth Mann auf ihr Lehrdiplom am Klavier vor. Im Mai soll sie das Auto der Schwester Erika nach Amsterdam überführen. Sie bleibt einige Tage und wohnt in der Pension, in der auch Fritz Landshoff lebt. Der siebzehn Jahre ältere Verleger, in den sie seit Jahren verliebt ist, ist ihr eigentliches Reiseziel. Später erzählt sie, der Vater habe vor der Abreise versucht, mit ihr ein sexuelles Aufklärungsgespräch zu führen, „dann hat er es aber abgeblasen und hat gesagt: ‚Ach, nichts. Mach’s gut.‘“ Bei den Jüngsten ist es nicht anders als bei den älteren Geschwistern: Die Eltern vertrauen darauf, dass die Kinder das Notwendige selbst herausfinden. Auch ohne väterliche Hinweise ergreift Elisabeth Mann eines Abends die Initiative und gesteht Fritz Landshoff ihre Liebe. Er reagiert taktvoll, sagt ihr aber deutlich, dass daraus nichts werden kann. Er liebt ihre Schwester Erika.

Die Verbindungen der Manns nach Deutschland reißen nach und nach ab: die innere Distanz, die größer wird zwischen Reich und Exil, die ungute Vorstellung der Postkontrolle, welche die Briefe mitliest. Am 1. Mai schickt Golo Mann seinem letzte Briefkontakt in Deutschland, Lise Bauer, ein Schreiben, dem er ein aktuelles Passbild beilegt. Auf der Rückseite hat er etwas geschrieben, das mehr für den Zensor als für die Freundin bestimmt ist: „G.M., geb. 27. III 1909. Typischer Rassenmischling und Untermensch. Wahrscheinlich negroider Einschlag. Sohn des berüchtigten Romanschmierers Th.M.“

Ein Gratulationsbrief von Michael Mann zum 62. des Vaters trifft ein. Er lebe gut in Paris, mit der Musik gehe es voran; „wer weiss, vielleicht werde ich am Ende noch eine Zierde der Familie!“ Zu seinem eigenen 18. Geburtstag haben die Eltern Michael ein Auto versprochen. Er soll sich, wenn er seinen Führerschein gemacht hat, mithilfe eines Freundes in Paris einen vernünftigen gebrauchten Wagen kaufen. Wenig später: Den Führerschein hat Michael noch nicht gemacht, auf die Hilfe des Freundes verzichtet, aber ein gebrauchtes Auto gekauft – einen Sportwagen der Marke Bugatti.

Die neue Wertschätzung durch den Vater

Der Drogenkonsum von Klaus Mann hat in den ersten Exiljahren immer stärker zugenommen, Heroin, Morphium, Eukodal, er nimmt, was er bekommt. Sein Leben schwankt zwischen Rausch und Entzugserscheinungen, die Einstiche an den Oberschenkeln sind chronisch entzündet, er übergibt sich häufig, hat Kreislaufprobleme und Schweißausbrüche. Auf einer Vortragsreise in Budapest bricht er zusammen. Ende Mai lässt er sich in eine Entzugsklinik einweisen. Für kurze Zeit hilft es. Dauerhaft kommt Klaus Mann von den Drogen nicht los; er will von ihnen nicht loskommen.

Thomas Mann hat die Arbeit am „Joseph“-Roman unterbrochen, um eine lang geplante Goethe-Novelle zu schreiben. „Lotte in Weimar“ wächst sich zum Roman aus. Goethe selbst taucht erst im siebten Kapitel auf, zuvor wird über ihn gesprochen, der Leser bekommt ihn aus unterschiedlichen Perspektiven gezeigt. Eine davon ist die des Sohnes August. Die wichtigste Quelle für Thomas Mann ist „Goethes Sohn“ von Wilhelm Bode, die Biographie des Sohnes als „Geschichte einer Nebenperson“, wie es bei Bode heißt. Der Sohn eines Genies: interessantes Thema.

Der Bugatti kostet nun doch „weit mehr, als es erlaubt ist“, schreibt Michael Mann nach Hause. Er brauche allein 700 Francs, um die elektrische Anlage zu reparieren. Der Monteur sei aber von dem Motor ganz begeistert, „ich glaube, es war gar kein so schlechter Kauf“.

Der Neue ist anstrengend, aber reich

Golo Manns Briefe aus dem Sommer 1937 klingen, nach all den düsteren Jahren zuvor, mit einem Mal optimistisch. Die neue Wertschätzung durch den Vater, einige Freunde in Zürich, eine Buchidee (über den Napoleon-Gegner Friedrich von Gentz) – das allein erklärt die gute Laune nicht. Golo Mann ist verliebt. Und wichtiger, er ist glücklich verliebt. Der Schweizer Journalist Manuel Gasser, gebildet, charmant und seine Homosexualität in aller Offenheit auslebend, wird sein erster Freund. Es hält nicht lang, Manuel Gasser ist ein Mann der Abenteuer. Aber es reicht aus, Golo Mann, 28 Jahre alt, von seinen Hemmungen zu befreien. Gasser führt ihn ins schwule Zürich ein und bleibt ein Leben lang ein enger Freund, mit dem – und mit dem allein – Golo Mann sein Liebesleben bespricht, die Sache mit den „Klärchen und Gretchen“, wie sie das nennen.

 

Im August verkündet Erika Mann als „daughter of…“ vor der Presse in New York, dass sie die amerikanische Staatsbürgerschaft anstrebe. Gemeinsam mit ihrem Freund, dem Arzt und Dichter Martin Gumpert, lebt sie im Hotel Bedford. Sie will Vorträge halten und ein Buch über die Erziehung im Nationalsozialismus schreiben. Ihre Finanzlage ist schwierig, ihr Lebenswandel anspruchsvoll, die Ausgaben hoch. Doch sie bettelt die Mutter nicht um Geld an. „Ein neuer Lover, 62jährig, gab das Geld schließlich her“, schreibt sie dem Bruder Klaus, „jetzt hab ich ihn am Bein, er ist ein Kreuz sowohl als auch ein Ungemach.“ Der Neue, Jim Rosenberg, sei sehr anstrengend, schreibt sie der Mutter, die sie auch in diese Dinge meist einweiht. Aber „verfeinden“ wolle sie sich nicht mit ihm, dafür sei er „zu reich“. Martin Gumpert schaut traurig zu.

Die Legende von der widerständischen Familie

Katia Mann blickt auf die Leben ihrer Kinder, hilft, rät, mischt sich ein. Auch bei Monika hat sie das getan, vergeblich auf bescheidene Ziele und eine praktische Beschäftigung gedrungen. Die Mutter sieht mittlerweile nur eine Chance, das „Problem Moni“ zu lösen: Heirat. Neuerdings hat Monika Mann einen Verehrer, einen Kunsthistoriker aus Ungarn: Jenö Lányi. Doch sie lässt ihn zappeln. Was Katia Mann mehr zu schaffen macht als dem Bewerber: „Dass Moni dem Lány nicht ihr Jawort fürs Leben gibt, ist doch zu ärgerlich!“ Klaus Mann ist der Adressat des mütterlichen Kummers. Stattdessen habe Monika dem Großvater in München zum Geburtstag einen „unerlaubt verstiegenen Brief“ geschickt, worin sie „ihn als ihr schönstes Kindheitserlebnis bezeichnet. Was soll das?“

Michael Mann schreibt aus seiner „Verbannung“ in Paris. Er brauche Geld. Und er habe sich einen Hund gekauft, Billi. „Es ist ein sehr reizendes bräunliches kleines Tier, 5 Monate alt; etwas Dackel-haftes steckt in ihm, aber auch noch allerlei undefinierbares anderes. Er folgt mir schon aufs Wort und macht fast nicht mehr ins Zimmer.“

Klaus Mann ist im Herbst in die USA gereist, er will eines seiner Bücher in Hollywood unterbringen. Mehr Erfolg hat er mit einem Vortrag über die eigene Familie, den er nun überall hält, wo man dafür zahlt, vor jüdischen Gemeinden, Landfrauenclubs oder Collegestudenten. Er handelt vom berühmten Vater, das wollen die Amerikaner hören, aber Klaus Mann berichtet auch von sich und seinen Romanen, vom Kampf gegen die Nazis und der Flucht aus Deutschland, vom Onkel Heinrich, vom jüdischen Großvater und von allen anderen. Die „Blutsmischung“ der Familie hebt er hervor und hält sie dem irren Kult der Nazis um „Rassenreinheit“ entgegen. „Manchmal amüsiert es mich, mir vorzustellen, was für Menschen wir geworden wären, wenn mein Vater anstatt der Frau, die glücklicherweise unsere Mutter ist, eine Hamburger Patrizier-Tochter, eine ‚reine Arierin‘, geheiratet hätte. Um es nur offen zu sagen: Die Vorstellung ist mir keine recht erfreuliche. Ich fürchte, wir wären langweilige, dünnblütige Dinger geworden.“ Der Vortrag erzählt zum ersten Mal die Geschichte von der Familie, die sich Hitler in den Weg stellt, mit all den Flunkereien und Legenden, für die Erika und er ein so großes Talent besitzen; die erstaunliche, eine wenig maßlose, in vielen Details falsche und doch irgendwie auch wahre Geschichte von der „Family against Dictatorship“.

Er zwingt sich zu Optimismus

Michael Mann schreibt der Mutter, nun aus dem Pariser Hôtel de l’Europe. Wegen des Hundes habe er in dem alten Hotel nicht bleiben können. Und jetzt hat Billi eine Viruserkrankung, die Staupe. Recht irritiert ist er über die „strenge, scharfe“ Art, in der ihm die Mutter geschrieben hat. Er wisse gar nicht, was sie ihm eigentlich vorwerfe. Die Sache mit seinen Schulden? Oder dem Sportwagen? „Du bist gereizt gegen mich, – weil Du schwach gegen mich warst, und ich mich, wie Du durchblicken lässt, Deiner Schwäche wohl unwürdig gezeigt habe: nun höre mal: glaubst Du denn, dass mir Deine Schwächen gegen mich im Grunde genommen eigentlich angenehm sind?“ Er wolle sie ja nicht kränken, aber klar sei doch wohl dies: dass „Du sehr weitgehend selbst schuld bist“.

Thomas Mann hat sich zu einer neuen USA-Reise für den kommenden Februar überreden lassen. Er hat eine Vortragstournee ausgemacht zum Thema: Demokratie heute. Eigentlich will er keine „Vorspanndienste“ mehr, keine Politik. Er will zurück zum Eigentlichen, dem Werk. Der Vortrag fällt ihm schwer, besonders unter dem Eindruck der nachgiebigen Haltung der europäischen Demokratien den faschistischen Staaten gegenüber. „Demokratischer Idealismus? Glaube ich daran? Denke ich mich nicht nur hinein wie in eine Rolle?“ Er zwingt sich zu Entschiedenheit und Optimismus. Dem amerikanischen Vortrag gibt er den Titel „Vom kommenden Sieg der Demokratie“.

Ein Jahr der Liebe

Letzter Brief des Jahres aus Paris: Hund Billi ist wieder gesund. Michael Mann braucht allerdings Geld, schreibt er der Mutter, die Tierarztrechnungen, und überhaupt sei ja alles immer so „widerlich“ teuer. Er habe doch seinen Hund retten müssen, „da bin ich halt wieder etwas in Schulden geraten“.

Mehr erfahren1937: Kein sonderlich spektakuläres Jahr, in den großen Dimensionen betrachtet. Keine politischen Großereignisse, kein neuer Roman, nicht einmal Klaus Mann hat etwas fertig, nur zwei Entziehungskuren überstanden – und bald wieder angefangen mit den Drogen. Ein produktives Jahr für Thomas Mann, der Goethe-Roman kommt voran. Ein eher privates Jahr, ein Jahr der Liebe: Golo Mann hat den ersten Freund, Michael hat Gret Moser, Klaus seinen „Tomski“, Monika verlobt sich mit Jenö Lányi, Erika ist umschwärmt von Männern, die sie heiraten wollen – unglücklich ist nur Elisabeth.

Er hat den Hund getötet

Es ist auch Michael Manns Jahr, sein erstes fern von zu Hause. Im Tagebuch des Vaters taucht von all seinen Pariser Abenteuern nichts auf; nur dass der Geigenlehrer eine neue Bogenhaltung angemahnt hat, notiert sich Thomas Mann. Alles andere hält die Mutter von ihrem Mann fern, wie auch sonst alles, was er nicht unbedingt zu wissen braucht. Sie schafft ihm auch im Exil den Arbeitsfrieden, so gut es geht, kümmert sich allein um die großen und kleinen familiären Katastrophen, resolut, zupackend, dann wieder nachgiebig, mit Witz und Spott, der die mütterliche Sorge oft überdeckt. Dass selbst an dieser Mutter nicht alles spurlos vorübergeht, ist Klaus Mann im Frühjahr aufgefallen: „Armes liebes Mielein sieht furchtbar abgehetzt, müde, überanstrengt aus. Zu viel auf ihr…“

Als brauchte dieses Jahr noch ein Finale: Michael Mann erkrankt im Dezember schwer, eine Hirnhautentzündung, die ihn für Wochen ins Bett zwingt. Gerade erst genesen, geschieht im neuen Jahr Schreckliches, bei einem Weinkrampf am Essenstisch kommt es heraus: Michael Mann hat sich am Vorabend betrunken und dann in den Morgenstunden Billi, seinen Hund, getötet. Keiner weiß, warum. Eine „bedenkliche Geschichte“, die auch den Vater erreicht.

 

 

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