Pique

Pique

Par Auer-Waldborn (pseudonyme de l’écrivain autrichien Arthur Zoglauer)

Publié dans Simplicissimus N° 6, 7e année, du 6 mai 1902
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Pique était un animal célèbre dans toute la ville. N’appartenait-il pas à Mika Duninska qui, depuis deux mois déjà, attirait tous les soirs la faune noctambule de Mitrovitza au Colisée.

Seul le diable sait d’où cet établissement enfumé, sale et jamais aéré tenait ce nom. Toujours est-il que son propriétaire était atteint de folie des grandeurs déjà pour la simple raison qu’il avait osé baptiser l’infâme piquette, provoquant systématiquement d’horribles maux de ventre au moins pendant trois jours d’affilée, du nom prestigieux de « champagne », c’est tout au moins ce qui était mentionné sur l’unique carte des vins, poisseuse comme le reste. Lire la suite

Les suicidaires

Les suicidaires

De Dr Kunoj

Publié dans Simplicissimus N° 52, 7e année, du 22 avril 1902
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Le soleil était déjà passablement haut sur l’horizon lorsque Théo, sifflant son teckel, quitta la maison par une porte latérale afin de faire le tour du domaine. À mi-chemin, il alluma un cigare Upmann, le seul qui trouvait encore grâce à ses yeux lorsque son état de santé laissait à désirer ce qui était le cas ce jour, à cause des événements de la veille. Lire la suite

La barrière

La barrière

Par Arthur Holitscher

Publié dans Simplicissimus N° 52, 6e année, du 18 mars 1902
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Vous voulez savoir pourquoi je me suis détourné du réalisme ? Voulez-vous vraiment le savoir ? Eh bien, l’idéal, Monsieur, la vie, la réalité… non, cette fois-ci, je vais me livrer à vous sans masque. Donc, écoutez-moi bien.

C’est au mois de juin de l’année dernière que cela s’est passé. Je tenais une plume en main, réfléchissant sur la mort, le meurtre, la misère ainsi que sur le dénuement des masses laborieuses. Ce faisant, j’observais dans le même temps un arbre poussant devant ma maison et qui commençait à se couvrir tout juste d’un feuillage vert clair, je vis alors que le temps était lumineux et ensoleillé, que tout était vert clair dehors, je jetai donc ma plume en direction de l’arbre de sorte à ce qu’elle se fichât dans son écorce, fis ma valise, puis je partis tout droit devant moi, aussi loin que possible en direction du nord, tout là-haut jusqu’à Warnemünde, puis encore plus loin jusqu’à l’Øresund, je ne descendis pas du wagon avant que le contrôleur n’indiquât Copenhague ou plutôt København, car nous étions à présent arrivés au Danemark. Lire la suite

L’esthète

L’esthète

De Korfiz Holm

Publié dans Simplicissimus N° 50, 6e année, du 4 mars 1902
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« Y a-t-il quelque chose de grave ? » demanda-t-il d’un air préoccupé, teinté d’un léger ennui, « tu affiches une mine si torturée. Oh, faut-il vraiment que tu me le dises ? Tu sais cependant très bien à quel point j’appréhende les choses désagréables. Que j’ai pourtant urgemment besoin de ma bonne humeur. Voilà deux mois que je n’ai pas réussi à créer quoi que ce soit. Je ne fais malheureusement pas partie de cette douzaine d’artistes capable de créer au moment où il le faut et lorsqu’elle le veut bien. Chez moi, chaque minute de bonne humeur vaut plus qu’une année de vie chez d’autres peintres. » Lire la suite

L’aventure

L’aventure

De Hans Ulrich Beer

Publié dans Simplicissimus N° 48, 6e année, du 18 février 1902
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« Si, si, Messieurs, moi aussi ! »

Les deux autres protagonistes n’en croient pas leurs oreilles. « Mais mon cher Collègue ?! » demanda le philologue, « Mais Monsieur Bierenstümpfel ?! » s’exclama le mathématicien.

Nonobstant, monsieur le proviseur Bierenstümpfel baissa le regard en souriant. C’était un étrange sourire, exprimant à la fois un doux triomphe et une honte embarrassée. Ce sourire était, certes, mal assorti à sa silhouette massive de taureau, mais il s’accordait au contraire à merveille à son doux visage replet de théologien. Lire la suite

Noël

Noël

Un récit de famille de Ludwig Thoma

Publié dans Simplicissimus N° 40, 6e année, du 24 décembre 1901
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Dans la famille du procureur général Saltenberger, les filles étaient au nombre de trois, Emmerentia, Rosalie, puis Marie.

Toutes les trois étaient au plus haut point aptes à renoncer au célibat, mais aussi réellement décidées à le faire.

Les fêtes de Noël approchant donnèrent aux parents l’idée que la meilleure solution consisterait à offrir des époux à leurs chères enfants, ils se mirent donc à réfléchir longuement à la façon la plus idoine de réaliser ce désir. Lire la suite

Le cerveau

Le cerveau

De Gustav Meyrink

Publié dans Simplicissimus N° 44, 6e année, du 21 janvier 1902
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Le curé s’était sincèrement réjoui du retour de son frère Martin revenant des pays du Sud, cependant, au moment où celui-ci avait finalement fait son entrée dans cette pièce hors du temps, une heure plus tôt que prévu, toute joie avait l’avait rapidement quittée.

Il ne parvenait pas à en comprendre la raison, il était tout simplement en proie à une sensation comparable à celle que l’on éprouve lors d’une journée de novembre au cours de laquelle le monde menace de tomber en poussière. Qui plus est, au début, la vieille Ursula ne parvenait pas non plus à prononcer une seule parole. Martin, bronzé comme un Égyptien, souriait aimablement au moment de serrer la main du prêtre. Lire la suite